Sophie Cluzel : «Ce n’est pas aux personnes handicapées de s’adapter systématiquement, mais à l’entreprise»

INTERVIEW La secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées, Sophie Cluzel, défend ses mesures pour l’emploi des personnes en situation de handicap…

Propos recueillis par Sylvie Laidet

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La secrétaire d'Etat aux personnes handicapées Sophie Cluzel lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.
La secrétaire d'Etat aux personnes handicapées Sophie Cluzel lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. — VILLARD/SIPA
  • La secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées, Sophie Cluzel, plaide pour une adaptation des locaux professionnels aux handicaps.
  • Le taux d’emploi des personnes handicapées ne sera désormais calculé que sur les emplois direct.
  • La reconnaissance de qualité de travailleur handicapé est dorénavant acquise à vie pour les personnes handicapées à vie.

Nommée en juin 2017, Sophie Cluzel est la secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées auprès du Premier ministre Edouard Philippe. A l’occasion de notre dossier spécial « Emploi et Handicap », elle a répondu à nos questions…

Que fait l’Etat pour lutter contre le validisme ?

C’est un mot que je ne connais pas et qui, à mon sens, n’a pas lieu d’être. Arrêtons d’opposer les valides et les personnes handicapées. Ça ne fait que cristalliser les dysfonctionnements. Le souhait des personnes handicapées est d’avoir une vie la plus ordinaire possible. Nous devons penser en termes de conception universelle pour donner de la place à tout le monde sans opposer les intérêts des uns et des autres.

Concrètement, qu’entendez-vous par conception universelle ?

L’environnement de travail doit être inclusif. Par exemple, ce n’est pas aux personnes handicapées de s’adapter systématiquement, mais à l’entreprise. Quand un employeur réfléchit à organiser un open space, il pourrait, par exemple, penser à installer des cloisons amovibles qui serviraient le bien-être acoustique de tous ses collaborateurs, dont ses salariés autistes Asperger. Il faut s’appuyer sur les profils les plus variés pour servir tout le monde.

Pourquoi dans la loi avenir professionnel, avoir prévu, une ré-interrogation de la politique publique en faveur du handicap ?

Tous les cinq ans, nous auditerons les outils et la pertinence de notre politique. L’obligation d’emploi de 6 % de travailleurs handicapés devra peut-être être revue par branche professionnelle ou secteur d’activité. Peut-être n’aurons-nous plus besoin de ce quota même si tout le monde pense, pour l’heure, qu’il s’agit de la bonne discrimination positive. Soyons pragmatiques, plutôt que dogmatiques.

A partir de 2020, seuls les emplois directs de personnes handicapées seront pris en compte dans le décompte des 6 %. Pourquoi ?

Cela nous permettra de savoir précisément où travaillent les personnes handicapées. Facialement, le taux d’emploi (3,4 % dans le secteur privé) va baisser, mais l’important est que nous aurons enfin une vision plus claire de qui emploie ces personnes.

Comment envisagez-vous de simplifier le service public de l’emploi à destination des travailleurs handicapés ?

Nous devons nous appuyer sur les services de droit commun existants et mieux flécher les parcours. Par exemple pour un demandeur d’emploi en situation de handicap, Pôle emploi devra travailler avec des partenaires du monde médico-social et/ou associatif pour optimiser le retour à l’emploi. Pour les jeunes handicapés, le point d’entrée serait les missions locales. Il s’agit d’une vraie démarche inclusive.

Quid du renouvellement périodique de reconnaissance de qualité de travailleur handicapé (RQTH) ?

Devoir prouver son handicap tous les trois ou cinq ans relève de la maltraitance administrative. Pour les handicaps stabilisés, la RQTH est désormais acquise à vie, car on s’est rendu compte, qu’au final, 99 % de ces RQTH étaient renouvelées à l’identique. Cela va donc simplifier la vie de ces personnes handicapées. Et permettre aux agents des maisons départementales des personnes handicapées de disposer de davantage de temps pour leur assurer un accompagnement et des conseils à forte valeur ajoutée.

Actuellement, seuls 1,2 % des apprentis sont en situation de handicap. Or on sait que l’alternance est une voie royale d’accès à l’emploi. Comment inciter les personnes handicapées à se lancer dans un parcours de formation en apprentissage ?

Il y aura désormais un référent handicap dans tous les centres de formation d’apprentis (CFA). Son rôle sera d’informer et conseiller les employeurs, mais aussi le public handicapé sur la faisabilité d’un parcours en alternance. Pour assurer l’accessibilité des savoirs à tous, l’Etat va prendre en charge le surcoût inhérent à cette problématique. Il nous faut également continuer à lever les freins des jeunes envers l’apprentissage. Par exemple, en créant des passerelles de mises en situation professionnelle entre l’Education nationale et les CFA. Quand les CFA collaborent avec le tissu associatif local, ces parcours fonctionnent bien.

Retrouvez lundi 19 novembre le supplément emploi et handicap 2018 de 20 Minutes, en version papier sur les lieux de distribution habituels et en version numérique sur ce site.