Vendanges: La France souffre-t-elle d'un manque de main d'oeuvre?

VITICULTURE En Alsace par exemple, où les vendanges viennent de débuter, les vignerons ont des difficultés à composer leurs équipes…

Alexia Ighirri avec les rédactions locales

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Vendanges: La France souffre-t-elle d'un manque de main d'oeuvre? (Illustration)
Vendanges: La France souffre-t-elle d'un manque de main d'oeuvre? (Illustration) — G VARELA
  • Dans certaines régions viticoles, le manque de main d’œuvre commence sérieusement à se faire sentir, les viticulteurs rencontrant de plus en plus de difficultés à recruter.
  • Dans le vignoble nantais, en Alsace ou dans la région bordelaise, les vignerons sont à la recherche de petites mains et tractoristes pour compléter leurs équipes.

Si l'amour est dans le pré, l’emploi est dans les vignes. Alors que M6 a bouclé son casting et lancé une énième saison de sa téléréalité, des candidats semblent encore manquer à l’appel pour les vendanges 2018. Dans certaines régions viticoles, le manque de main-d’œuvre commence sérieusement à se faire sentir, les viticulteurs rencontrant de plus en plus de difficultés à recruter.

Dans le vignoble nantais, où la récolte du muscadet pourrait débuter dès les premiers jours de septembre, « c’est plus délicat que les années précédentes, confirme-t-on à la fédération des vins de Nantes. Les vendanges précoces ne facilitent pas la disponibilité des étudiants. » La baisse significative du chômage dans la région tarit aussi le volume de travailleurs saisonniers.

Moins de candidatures spontanées

En Alsace, où les vendanges ont débuté mercredi, Jean-Daniel Hering du domaine éponyme à Barr avance les mêmes causes. Et complète : « Avant on recevait des candidatures spontanées en nombre suffisant dès la mi-juillet. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui : quand elles arrivent, elles arrivent très tard et dans notre logique d’organisation du travail c’est compliqué parce qu’on aime bien préparer et anticiper. Et puis le fait que les vendanges soient précoces, les gens n’ont pas conscience en août que les vendanges sont déjà là… »

Face à ces difficultés, il a alerté le syndicat des vignerons indépendants et les élus départementaux, avec lesquels il a travaillé au nouveau dispositif mis en place dans le Bas-Rhin. Baptisé « cumul RSA et vendanges », il encourage les bénéficiaires du RSA à faire les vendanges en leur permettant de continuer à toucher leur allocation. Et, dans le même temps, de trouver de nouveaux collaborateurs aux vignerons. Un dispositif similaire existe dans le Haut-Rhin.

Petites mains et tractoristes

Mercredi, il manquait encore cinq personnes à Peggy Schwartz du domaine de Racème à Blienschwiller. C’est la première fois qu’elle se retrouve dans cette situation : « J’ai une équipe d’habitués mais une bonne partie bosse cette année. Et puis, l’équipe vieillit aussi, les plus âgés ont 77 ans ! Il me manque aussi un tractoriste. » Une situation que l’on retrouve également et de plus en plus fréquemment à l’autre bout de la France : en Gironde, où le manque de petites mains se fait aussi sentir, les viticulteurs peinent à recruter des ouvriers pour conduire leurs tracteurs.

Etienne Dreyer du domaine Sick-Dreyer à Ammerschwihr peut, cette année encore, compter sur sa fidèle équipe. Mais il sait que « pour des collègues, c’est plus dur. Heureusement, il y a Pôle emploi (avec la cellule Alsace Vendanges) et le Civa (Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace) qui redirigent bon nombre d’appels qu’ils reçoivent. Mais ce n’est pas toujours évident. Les premiers jours sont souvent douloureux pour le dos, et il y en a toujours qui arrêtent rapidement. »

Comme lui, d’autres viticulteurs ne rencontrent pas de trop de difficultés. Près de Toulouse ou de Cahors, on n’a pas connaissance d’un risque de pénurie de main-d’œuvre : « Chez nous, les vendanges ne commenceront pas avant le 10 septembre. Il n’y a plus beaucoup de viticulteurs qui les font à la main. Ceux qui le font conservent en général leur équipe d’une année sur l’autre et lorsque des gens nous appellent pour se proposer, on les renvoie vers eux », explique-t-on au syndicat des vins AOP de Fronton. Et à Cahors, on conclut: « Chez nous, le problème ne se pose pas vraiment, car les vendanges sont automatisées à 95% ».