Emploi: L’insertion professionnelle des jeunes «s’est nettement dégradée» ces dernières années

MARCHE DU TRAVAIL En 20 ans, les conditions d’accès à l’emploi des jeunes sont devenues beaucoup plus difficiles. Mais paradoxalement, ces derniers se disent moins inquiets pour leur avenir professionnel…

Hakima Bounemoura

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Illustration d'un jeune au Pôle emploi.
Illustration d'un jeune au Pôle emploi. — Jeff Pachoud afp.com

CDD, intérim, temps partiel… Pour la jeune génération, l’entrée sur le marché du travail est devenue un vrai parcours du combattant. Les conditions d’insertion dans l’emploi des jeunes se sont considérablement « dégradées » ces 20 dernières années, note un rapport de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) publié ce mardi.

L’enquête de l’Insee s’est intéressée au devenir professionnel des jeunes de moins de 26 ans sortis du système de formation en 2010. Et le constat est inquiétant. « Près d’un jeune sur cinq arrivé sur le marché du travail pour la première fois en 2010 est ainsi resté sur le bord du chemin au cours des cinq ans qui ont suivi ses études, contre seulement 10 % en 1998 », explique la sociologue Virginie Mora, chargée d’études au Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq).

La moitié des jeunes « en sous-emploi » ou « en emploi à durée limitée »

L’entrée sur le marché du travail de la jeune génération se traduit par davantage de précarité. « En 2016, le taux de chômage s’élevait à 19,8 % pour les actifs ayant terminé leurs études initiales depuis un à quatre ans, auquel il faut ajouter 6,4 % d’inactifs », précise Virginie Mora, qui a compilé pour l’Insee les données issues des différentes enquêtes « Génération ».

Pour ceux qui ont réussi à décrocher un emploi, les chiffres ne sont pas plus encourageants. « 10,4 % des jeunes ont un temps partiel subi et 35,5 % d’entre eux ont un emploi à durée limitée (CDD, intérim ou apprentissage) », ajoute l’Insee. Soit au total, près d’un jeune sur deux qui est « en sous-emploi » ou « en emploi à durée limitée ».

L’origine sociale et le niveau d’études « encore plus discriminants »

Les écarts se sont par ailleurs creusés entre les jeunes peu ou pas diplômés et les diplômés de l’enseignement supérieur. « La différence du taux de chômage ou d’inactivité cinq ans après la sortie du système scolaire entre ces deux populations a doublé en 20 ans », note Virginie Mora. « Les jeunes actifs titulaires au plus du brevet sont particulièrement touchés », relève également l’Insee. Les études supérieures protègent donc toujours davantage.

Si la qualité de l’insertion professionnelle dépend toujours plus du niveau de diplôme, les origines sociales pèsent encore très lourd. « Toujours plus d’enfants d’ouvriers et d’employés sont au chômage cinq ans après la fin de leurs études : ils sont 26 % contre 12 % pour les enfants de cadres pour la génération 2010. Ils étaient respectivement 21 % et 13 % pour la génération 1992 », détaille la chargée d’études au Céreq.

« Banalisation » de la précarité et « rapport au temps différent »

Malgré des conditions d’insertion dans l’emploi moins favorables, les jeunes d’aujourd’hui sont moins inquiets pour leur avenir professionnel que ceux des années 1990. « Seuls 23 % des jeunes arrivés sur le marché du travail en 2010 se disaient inquiets en 2015 au sujet de leur avenir professionnel, contre 37 % en 1998 », note l’Insee. « Tout se passe comme si les générations actuelles toléraient davantage que les précédentes les difficultés d’accès et de stabilisation en emploi », explique Virginie Mora. « Il est possible que ces jeunes aient intégré la hausse du chômage comme une donnée avec lequel il est normal de composer ».

La chargée d’études au Céreq évoque notamment deux pistes. « Il y a d’abord l’hypothèse d’une banalisation de la précarité, les individus s’étant adaptés aux possibilitéśs réelles qui s’offrent à eux ». Mais aussi « l’émergence d’un "autre rapport au temps", plus détaché des difficultés passées et présentes, avec lequel le jeune travailleur a plus de facilité à jongler d’une situation professionnelle à une autre », avance la sociologue.