Télétravail: On démonte cinq idées reçues pour convaincre votre employeur de franchir le pas

EMPLOI La pratique est de plus en plus demandée par les salariés...

Nicolas Raffin

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Le 27 novembre 2014, des travailleurs indÈpendants de la rÈgion de Fontainebleau travaillent dans le centre de tÈlÈtravail Stop ouvert le 2 octobre dernier sur la commune.
Le 27 novembre 2014, des travailleurs indÈpendants de la rÈgion de Fontainebleau travaillent dans le centre de tÈlÈtravail Stop ouvert le 2 octobre dernier sur la commune. — F. Pouliquen / 20 Minutes
  • Le recours au télétravail est facilité par les ordonnances réformant le Code du travail.
  • En France, seulement 15 % des salariés télétravaillent de manière régulière.
  • La pratique a pourtant de nombreux avantages, tant pour l’employeur que pour le salarié.

Perdue au milieu des autres réformes du Code du travail, la mesure concernant le télétravail a fait beaucoup moins de bruit que le plafonnement des indemnités prud’homales ou le référendum d’entreprise. Pourtant, elle fait bien partie du « paquet » qui doit être adopté cette semaine par l’Assemblée nationale. Le gouvernement espère faciliter l’essor de cette pratique, qui concerne environ 15 % des salariés en France.

Le principal changement, c’est le renversement de la « charge de la preuve ». « Aujourd’hui, le salarié doit demander à l’employeur s’il peut faire du télétravail. Demain, c’est l’employeur qui devra se justifier auprès du salarié s’il lui refuse le télétravail » expliquait un proche de Muriel Pénicaud début septembre. Dans ce contexte, 20 Minutes se penche sur les principaux freins – réels ou imaginaires – qui peuvent bloquer les employeurs, et y apporte une réponse.

« En télétravail, les salariés bossent beaucoup moins »

Les enquêtes montrent globalement le contraire. Début 2017, le cabinet de conseil RH Kronos estimait que le télétravail permettait un gain de productivité de 22 % « grâce à une réduction de l’absentéisme, une meilleure efficacité et des gains de temps ». Travailler à son domicile évite par exemple de perdre des heures dans les transports en commun, qui peuvent être source de stress.

« Si on donne la liberté aux collaborateurs, si on leur laisse mieux répartir leur temps professionnel et personnel, on constatera qu’il y a un meilleur bien être au travail, une meilleure satisfaction, et donc à la fin une meilleure efficacité » souligne Franck Le Tendre, directeur général France et Europe de l’Ouest chez Dropbox. Attention toutefois à fixer des limites claires et à ne pas abuser du recours au télétravail, qui peut finir par s’avérer nocif pour le salarié à hautes doses.

« C’est trop compliqué à mettre en œuvre »

« Mettre en place le télétravail peut s’apparenter à une révolution dans de nombreuses entreprises françaises, qui sont souvent marquées par la culture du présentéisme » concède Franck Le Tendre. Faire évoluer cette culture d’entreprise passe donc nécessairement par un dialogue pour lever les appréhensions.

>> Une majorité de salariés français plébiscite le télétravail

Par ailleurs, le télétravail est toujours encadré : « cela passe par un accord collectif ou à défaut, par l’élaboration d’une charte collective, rappelle Céline Dumont Bauer, présidente du groupe de travail RH du réseau Absoluce. Les conditions de recours au télétravail doivent être précisées, tout comme les personnes éligibles au dispositif ».

« Cela va coûter trop cher »

« Avant les ordonnances, l’employeur était tenu de verser une contribution, mais cette obligation a disparu » explique David Mahé, administrateur de Consult'in France et président du cabinet de conseil Stimulus, spécialisé dans la qualité de vie au travail. Le débat persiste néanmoins sur ce point, en raison d’un accord national interprofessionnel (ANI) signé en 2005 et qui prévoit une prise en charge des coûts liés au télétravail pour les secteurs signataires. Cet accord, plus favorable aux salariés que le Code du travail, garde donc sa valeur légale.

Pour lever ce frein, un article des Echos a lancé l’idée d’instaurer une indemnité forfaitaire – par exemple 15 euros par jour de télétravail -, qui pourrait être créée par un arrêté ministériel. Par ailleurs, du côté des bénéfices, le télétravail peut faire économiser de l’argent à l’employeur : moins de frais kilométriques à rembourser, réduction de la taille des locaux et du parc informatique (plus d’ordinateurs fixes), réduction des frais de chauffage et d’électricité…

« Il va y avoir des jaloux dans l’entreprise »

La mise en place du télétravail « doit être réfléchie, appuie Céline Dumont Bauer. Il faut mesurer les répercussions que ça peut générer sur l’ensemble du personnel. » Tous les salariés ne sont pas forcément éligibles au télétravail, par exemple lorsqu’il s’agit de recevoir des clients… ou d’utiliser une machine-outil.

« L’employeur doit objectiver les raisons qui feront qu’il dira « oui » à l’un et « non » à l’autre, complète David Mahé. Si deux salariés font le même métier mais qu’ils ont des réponses différentes sur leur droit au télétravail, là il y a aura un problème. »

>> Un Français sur 4 serait éligible au télétravail

« Il y a trop de risques »

« L’employeur ne peut pas contrôler les conditions de santé et de sécurité au domicile du salarié, ce qui peut causer une certaine réticence », reconnaît David Mahé. Par ailleurs, les ordonnances prévoient désormais qu’un accident survenu pendant les heures de télétravail « est présumé être un accident de travail ».

Pour lever ce frein, Céline Dumont Bauer estime qu’il est nécessaire « d’instaurer une relation de confiance » au sein de l’entreprise. « Il faut savoir se défaire de certaines méthodes de management direct, où le supérieur hiérarchique peut contrôler à tout moment le travail du collaborateur » poursuit la spécialiste.