Cyrille, l'exemple d'une reconversion réussie malgré un handicap

Changement de vie Il y a 12 ans Cyrille était paysagiste, sauf qu’une mauvaise chute, depuis une haie, va bouleverser ses plans de carrière...

Antoine Magallon

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Derrière Cyrille, les grilles du ministère de l'Intérieur.
Derrière Cyrille, les grilles du ministère de l'Intérieur. — A. Magallon/20 Minutes

Il est 15h30, place Beauvau. Les voitures et les badauds circulent, les gardes se relaient devant les grilles du ministère de l’Intérieur. Depuis deux ans c’est ici, que Cyrille, 44 ans, ingénieur informatique, passe ses journées. «Je connais un café juste à côté, ce sera surement mieux pour discuter. Ici c’est un peu bruyant.» Rien ou presque dans sa démarche ne trahit son parcours. Il y a 12 ans Cyrille était paysagiste. «Un métier que j’aimais beaucoup», confie-t-il.  Sauf qu’une mauvaise chute, depuis une haie, va bouleverser ses plans de carrière. Le médecin du travail décèle un problème «au niveau de la colonne vertébrale», et le déclare inapte à exercer cet emploi. «Il a fallu faire le deuil. Sur le moment ce n’était pas évident à vivre. Que ce soit d’un point de vue psychologique ou même privé, il faut savoir se remettre en question. Là, je me suis dit ‘autant rebondir’, et aujourd’hui je suis assez fier de mon parcours, de ma reconversion.»

«Le jeu en valait la chandelle»

L’ex-paysagiste retourne sur les bancs de l’école et se dirige, comme son frère, vers l’informatique. Un «secteur d’avenir, qui me plait, et où l’on apprend, chaque jour, de nouvelles choses».  Après un  bac + 2 réseaux et télécom, Cyrille travaille 3 ans, reprend les cours du soir, obtient une licence, un diplôme d’ingénieur et enfin «pour me démarquer un peu des jeunes qui sortaient des grandes écoles», une spécialisation autour des données à caractère personnel dans les systèmes d’information. «Aujourd’hui, je suis cadre dans la fonction publique donc le jeu en valait la chandelle. On critique beaucoup le système éducatif français mais je trouve qu’il est assez performant. J’ai réussi à valider un bac + 6, malgré mon âge, malgré mon handicap, je ne dis pas, rien n’est parfait, mais si l’on s’en donne les moyens, on peut s’en sortir. Par contre il faut etre actif, même pro-actif et ne pas tout attendre de l’Etat.»

Un parcours sans faute, qui a incité l’Association métiers, entreprises et formations, ou Amef, à lui accorder, en décembre dernier, le prix «dépasser le handicap». Une récompense destinée aux plus «méritants», et ceux qui «ont le courage de se reconvertir, d’admettre leur handicap et de faire ce qu’il faut», explique Louis Burgay, le délégué général. «Vous savez, le système est tellement complexe, c’est impossible de s’en sortir seul, renchérit Cyrille. Il faut être humble, écouter les autres, avoir les bonnes personnes autour de soi, des aides, des conseils, ou ne serait-ce que quelqu’un à qui parler».