Montrer ses habiletés plutôt qu'un CV

Delphine Bancaud Photos : Serge Pouzet - ©2008 20 minutes

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L e diplôme ne garantit pas la compétence professionnelle. C'est sur ce postulat qu'est née la méthode de recrutement par simulation. Elle permet de repérer les « habiletés » d'un candidat pour un métier. Inventée en 1995 par un des directeurs de l'ANPE, cette technique a été mise en oeuvre au sein de cent dix plates-formes de vocation depuis le plan de cohésion sociale de 2005. C'est aussi un bon moyen de réduire les difficultés de recrutement sur soixante-dix métiers qui peinent à embaucher (téléopérateur, magasinier, aide du bâtiment...) et de lutter contre les discriminations. Pour découvrir cette méthode, 20 Minutes a passé une matinée à la plate-forme de vocation de Pantin (Seine-Saint-Denis).

9 h : séance d'échauffement avant le grand saut

Ils sont douze candidats à tenter leur chance. Leur objectif : décrocher un poste de facteur en CDI à La Poste. Ce matin, ils vont devoir réussir des tests, élaborés par l'ANPE et La Poste, qui leur donneront ensuite accès à un entretien d'embauche. Un enjeu qui engendre un léger stress chez les candidats. Mais pas le temps de gamberger, Laurence Aïn, animatrice de la session, donne ses premières consignes. « Le premier test reproduit une séance de tri à La Poste. Sur votre feuille, vous devrez classer les différents types de colis en fonction de leur couleur », indique-t-elle. Pas question de piéger les candidats : pour les aider à prendre leurs marques, un exercice d'entraînement leur est proposé. Seuls deux candidats font une erreur. Le top départ est enfin donné. Ils ont maintenant vingt minutes pour effectuer le test. On entend les mouches voler car l'exercice, bien que facile, exige rapidité et concentration.

10 h 15 : les candidats remettent leurs copies

Pas le temps de souffler. « Vous allez maintenant devoir affecter les colis sur les différentes tournées en fonction de leur couleur », explique l'animatrice. Certains candidats se donnent des « tuyaux », sous l'oeil bienveillant de Laurence Aïn. « Le plus difficile est de comprendre les tests et de les réaliser rapidement, c'est un bon moyen de voir si le candidat est à l'aise avec son futur métier », précise-t-elle.

10 h 45 : le moment est venu

de se dégourdir les jambes

Après un troisième test axé sur le calcul rapide, les candidats réclament une petite pause. « En plus, je suis mal garé », informe l'un d'eux, provoquant les rires de ses camarades. Dans la salle, les conversations vont bon train. « Je cherche un boulot depuis un an et demi. Je suis venu ici comme on joue au Loto : pour tenter ma chance. Si ça ne marche pas, j'essaierai de trouver un poste de coursier », confie Patrick, 53 ans. A ses côtés, Hamid, 35 ans, affiche une mine réjouie : « Les tests sont faciles et j'ai plus de chances d'être recruté par ce biais qu'en envoyant un CV. » Fabrice, 28 ans, espère quant à lui que ses résultats aux tests boosteront sa candidature, précédemment envoyée à La Poste : « Un emploi de facteur serait un bon tremplin pour évoluer dans l'entreprise », ajoute-t-il.

11 h 15 : encore trois tests

avant de quitter les lieux

Les candidats doivent trier des diapositives avec des noms de rue par ordre alphabétique, puis trouver les réponses qu'un facteur doit faire aux demandes de ses clients et enfin transmettre des informations à un facteur remplaçant incarné par un de leurs camarades. A 12 h 30, les voilà enfin libérés. Verdict dans la soirée, où les résultats des tests leur seront communiqués par téléphone. « En moyenne, 60 % d'entre eux réussissent, mais l'employeur n'en recrute qu'un sur deux à la suite de l'entretien. S'ils avaient postulé par la voie classique, seuls 5 % auraient été embauchés », conclut Emmanuel Blanc, animateur d'équipe à la plate-forme.