Deafi, à l'écoute des personnes handicapées

ENTREPRISE Un centre de relation client destiné aux personnes sourdes ou malentendantes révolutionne la télécommunication...

Antoine Magallon

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Fabien Chanut conseille en langue des signes des clients depuis le centre de relation de Deafi à Montreuil (93).
Fabien Chanut conseille en langue des signes des clients depuis le centre de relation de Deafi à Montreuil (93). — A. MAGALLON/20 MINUTES

Si vous avez essayé de résilier votre assurance ou de réparer votre box par téléphone, vous savez quel enfer cela peut être. Les téléconseillers ne comprennent pas toujours vos demandes, et vous ne suivez pas vraiment leurs instructions. Imaginez devoir faire la même chose en étant sourd ou malentendant. Impossible, non? C’est pourtant le quotidien de 4 millions de Français, selon le ministère de la Santé.

Partant de ce constat, Jean-Charles Correa a créé en 2009 Deafi, le premier centre de relation client à leur destination. Les conseillers, en situation de handicap eux aussi, n’utilisent pas leurs téléphones mais la langue des signes et des webcams pour aider les clients. «Quand une personne sourde souhaite contacter une entreprise, elle doit faire appel à ses proches pour l’aider. Grâce à nous, elle gagne en autonomie et se sent plus épanouie», explique Fabien Chanut, employé depuis trois ans. «Les compagnies pour qui nous travaillons avaient déjà des clients sourds, mais elles ne s’en occupaient pas. Ils n’étaient pas traités équitablement», renchérit Jean-Charles Correa.

Une application au service de la communication

Pour accéder à Deafi, les clients peuvent, soit télécharger l’application, soit cliquer sur un bouton présent sur les sites des entreprises partenaires. Mais aussi inventif soit-il, ce système reste limité. «Nous travaillons avec 10 sociétés dont SFR, Engie, le CIC, Allianz… Mais nous n’avons passé aucun contrat avec l’Etat. Les problématiques sont pourtant les mêmes, sauf que ce n’est pas encore fait», détaille le PDG.

Cette situation devrait changer, grâce à la loi pour une République numérique. Promulguée le 7 octobre 2016, elle précise que «les services d’accueil téléphonique destinés à recevoir les appels des usagers sont accessibles aux personnes sourdes, malentendantes (...) par la mise à disposition d’un service de traduction simultanée écrite et visuelle».

Jean-Charles Correa espère donc passer de 38 à 80 employés dans les deux prochaines années. «Nous organisons des formations de quatre mois à destination des personnes sourdes et malentendantes. Nous souhaitons continuer à créer de l’emploi.» Une nécessité pour les travailleurs handicapés, plus touchés par le chômage, en hausse de 5,3% de mars 2015 à mars 2016, selon l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph).