Être manager en 2015, à quoi ça ressemble?

ENTREPRISE Portrait du manager moderne à l’ère du numérique...

Thierry Weber

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Aujourd'hui, le manager doit suivre la transformation numérique de son secteur, en utilisant de nouveaux outils et de nouvelles méthodes de travail.
Aujourd'hui, le manager doit suivre la transformation numérique de son secteur, en utilisant de nouveaux outils et de nouvelles méthodes de travail. — Per Gosche / Flickr.com

Il est majoritairement masculin. 69% des salariés sont encadrés par un homme d’après une étude du CSA. Voilà la seule information chiffrée qui existe aujourd’hui au niveau de la France sur le profil du chef. Pour en savoir plus, «c’est très compliqué, les données statistiques sur les managers ne sont pas collectées au niveau macro», commente Emmanuel Martin, docteur en sociologie et auteur d’une thèse sur le manager de proximité. Et pour cause, son rôle a changé, et il évolue encore à travers les nouvelles technologies.

«Pour moi, les façons de manager ont commencé à changer avec le premier mail. Peut-être même avec le téléphone», insiste Marc Lippa, coauteur du livre Emanagement, comment la révolution numérique transforme le management. «Au début le mail et le téléphone n’étaient pas donnés à tous les employés. C’était pour le chef. Il avait peur que les salariés fassent n’importe quoi avec. Aujourd’hui, avec les technologies de l’information et de la communication, le chef n’est plus le seul détenteur de l’information qui est donc moins le centre du pouvoir.»

De nouveaux outils

Le responsable va donc devoir changer sa posture. Constamment. Il s’agit d’ailleurs d’un des critères principaux de recrutement pour Bruno Mettling, directeur des ressources humaines chez Orange: «Sa capacité à gérer la complexité d’aujourd’hui. Elle est sans équivalent. Le manager doit suivre la transformation numérique du travail, ce qui veut dire de nouvelles méthodes et façons de travailler, de nouveaux outils.»

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Ces outils, Marc Lippa en dresse une liste non exhaustive: «Le coup de fil, la réunion physique, le wiki, le micro blog, le chat, le forum, le Google doc ou les solutions Microsoft… Parfois, on va même forumiser un blog. Ce sont comme des outils de cuisson avec lesquels il faut expérimenter, jouer. Un cuisinier ne peut pas être très bon s’il n’utilise que trois outils, même très modernes.»

Un rôle de médiateur

Dans la cuisine du numérique, certains outils viennent même remplacer le chef comme le remarque Emmanuel Martin: «On voit de plus en plus se développer des systèmes qui planifient le travail. Le travail de contrôle et de supervision, de distribution du travail est retiré des mains du manager qui se retrouve un peu sur la touche.» Le responsable a perdu son pouvoir de décision, pour adopter «un rôle de médiateur, d’arrangeur». Bruno Mettling partage l’avis du sociologue: «La relation à l’autorité est différente. Le manager doit savoir démontrer plus que faire preuve d’autorité.»

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Le modèle managérial s’est transformé de la verticale, hiérarchique et autoritaire, à l’horizontale, plus démocratique. Ce faisant, l’image du boss a changé. «On peut résumer ça à l’opposition du cadre des années 1970 avec son beau costume, son statut de chef de famille et sa BMW, aux cadres d’aujourd’hui de plus en plus nombreux, dont on ne sait plus trop à quoi leur travail correspond, et qui occupent des postes plus précaires». D’après Emmanuel Martin, cette dynamique va se poursuivre.

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