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Alexis Botaya: «Ne claquez pas votre démission tout de suite!»

INTERVIEW Quitter son boulot pour vivre son rêve demande un peu de préparation...

Recueilli par Laurent Bainier

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Affiche du concours pour le concours du meilleur job du monde.
Affiche du concours pour le concours du meilleur job du monde. — Rexfeatures/Rex/Sipa

Les vacances sont déjà loin, le soleil aussi. Depuis votre retour, tout vous semble maronnasse dès que vous poussez la porte du bureau: la boîte mail est remplie de nouvelles déprimantes, le café est infect et vos collègues sont moches. Blues de rentrée ou accès subit de lucidité, nous ne saurions dire. Mais nous avons un livre à vous conseiller.

Créez le job de vos rêves...
Créez le job de vos rêves...

Créez le job de vos rêves…  et la vie qui va avec est LE feel good book de la rentrée. Son auteur, Alexis Botaya, a décidé il y a quelques années de quitter son boulot pour co-créer la boîte dans laquelle il s’épanouirait : Soon Soon Soon, une plateforme de détections de tendance qui connaît un vrai succès. L’entrepreneur compile aujourd’hui dans un ouvrage écrit avec Corentin Orsini 30 leçons tirées de ses lectures sur le sujet et de son expérience. Avant d’écrire votre lettre de démission, il est impératif de lire ces quelques lignes.

Si on en juge par le titre de votre livre, pour avoir une vie de rêves, il faut commencer par le travail…

ALEXIS BOTAYA (DR)
ALEXIS BOTAYA (DR)

En règle générale, vous passez le plus clair de votre temps au travail. Le bonheur au travail a de nombreuses conséquences collatérales. Si on ne l’obtient pas, on peut nourrir des rancœurs sur le long terme et les transmettre à ses enfants. Beaucoup de trentenaires s’interrogent sur leur épanouissement professionnel. Cette génération a peur de s’ennuyer, d’avoir une carrière à la papa. C’est un luxe mais aussi un vrai progrès de que pouvoir se poser des questions sur le sujet.

Ce job de rêve, on est obligé de le créer? Il n’existe pas quelque part?

Bien sûr qu’il existe des jobs canons mais nous avons assez vite éliminé l’idée selon laquelle le poste qui nous conviendrait parfaitement existerait quelque part. Tout l’enjeu du parcours professionnel serait alors de partir poste après poste à sa recherche, d’attendre le boulot rêvé qui vient d’en haut. Cela induit une attitude semi-passive. Nous pensons qu’en la matière la création est plus intéressante que la recherche.

Du coup, il est grand temps de claquer la porte de son entreprise et de se lancer…

Pas du tout! Claquer sa démission peut être ultra-jouissif, c’est un booster. Mais il faut avoir un plan de secours car nous avons tous besoin de ressources pour vivre. Se fixer directement un objectif aussi élevé, tout plaquer et créer son job, c’est se condamner à l’échec. Dans notre livre, nous misons plutôt sur la théorie des petits pas. Commencer par s’impliquer dans un projet parallèle, sans lâcher son activité principale.

Quitte à travailler gratuitement?

Oui, bosser gratuitement, cela permet de tester, de voir si le projet nous convient vraiment. On imagine toujours l’herbe plus verte ailleurs mais ce n’est pas toujours le cas. Aujourd’hui, nous disposons d’outils pour explorer facilement d’autres voix. Des sites se développent qui permettent de découvrir la vie d’un autre : passer par exemple 24 heures dans la vie d’un artisan pour mieux comprendre son quotidien.

N’y a-t-il pas un risque de ne jamais se lancer?

On a cette réticence en France car on baigne dans une culture cartésienne. Ce n’est pas dans notre culture d’apprendre dans l’action. Nous avons plutôt l’habitude de tout concevoir mentalement avant de nous lancer. Tandis qu’aux Etats-Unis, pour caricaturer, la culture est plutôt de foncer bille en tête.

Comment fait-on alors?

Il faut accepter de ne pas créer un truc parfait. Refuser d’être bloqué par le perfectionnisme. On ne peut se rendre compte de tous les chemins qui s’offrent à nous qu’en avançant. Alors autant se lancer. Le job idéal est un work in progress. Il faut commencer petit: ce n’est qu’avec ces petits pas que nous arrivons au but.