Thierry Corbalan, le sport comme fil conducteur

Portrait Thierry Corbalan est un sportif d’exception malgré son handicap…

Anne-Marie Enescu

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Thierry Corbalan nageant dans la mer tel un dauphin.
Thierry Corbalan nageant dans la mer tel un dauphin. — TC

Incroyable! Il avance à 7 km/h, soit 4 nœuds, et quand il nage on pourrait le prendre pour un dauphin. D’ailleurs si on le surnomme «le dauphin corse», ce n’est pas pour rien! Avec sa monopalme, il ondule si bien dans l’eau qu’on oublierait presque son handicap: il n’a plus de bras depuis ses 29 ans.

Ex-gardien de la paix, à la retraite depuis deux ans, Thierry Corbalan n’est pas, à 56 ans, l’homme de l’Atlantique. Il est juste un sportif inconditionnel, amoureux de la mer et terriblement attaché à la vie. Une vie qui a basculé pourtant le 23 mai 1988 à 00h14. «C’est ce que dit le constat de la gendarmerie», précise-t-il avec humour.

Et d’ajouter: «J’étais parti pêcher, près d’une voie ferrée où j’allais très souvent, et ma canne à pêche en carbone a créé avec la caténaire un arc électrique. Je me suis pris 25.000 volts d’un coup…» C’est un ami qui lui sauve la vie, éteint les flammes sur ses bras et appelle les secours. «Au début, je ne réalisais pas ce qui m’étais arrivé. Le jour où je me suis vu dans la glace, là ça a été dur. Je ne me suis pas reconnu.»

Se dépenser à tout prix en toutes circonstances

TC
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Mais notre «dauphin corse» est un sportif de longue date et se laisser abattre ne fait pas partie de son vocabulaire. «Je fais du sport depuis tout petit. A 9 ans, j’ai débuté l’athlétisme, à 10 ans, je faisais en plus du judo, puis à 11 ans, j’ai ajouté le rugby à mon emploi du temps. Le sport est mon fil conducteur.

A l’armée, j’ai intégré, par exemple, le bataillon dédié aux sportifs où j’ai passé un an à ne faire que du judo à Marseille. Puis, lorsque je suis rentré dans la police, à Cannes, j’ai continué sur la même voie. J’ai d’ailleurs été trois fois vice-champion de France police de judo», se rappelle-t-il. Comble de l’histoire, quinze jours avant son accident, il devient champion régional toutes catégories Alpes-Maritimes de judo.

Avec sa mésaventure, il doit faire ses adieux au judo, mais pas au sport. «J’avais besoin de me dépenser. Du coup, je faisais des abdominaux dans mon lit d’hôpital. Un jour, j’ai compté, j’en avais fait mille sans m’arrêter. J’avais plus de peau sous les fesses! Et dès que j’ai pu mettre des baskets, je me suis mis à courir. Les gens me prenaient pour un illuminé. J’étais encore en centre de rééducation lorsque j’ai participé aux 20km de Cannes.»

De judoka à nageur singulier

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Sa nouvelle vie, celle d'aujourd’hui, il la débute en Corse il y a dix ans lorsqu’avec son épouse, Patricia, il quitte le continent pour profiter à plein de l’île de Beauté. «Pour diverses raisons, j’ai troqué petit à petit la course à pieds pour la natation. Et là, en 2009, Frank Bruno de l’association "Bout de vie", pour les personnes amputées, me demande de traverser les bouches de Bonifacio pour son association. C’était 16km et j’ai dit oui tout de suite.» Thierry Corbalan finit sa traversée «frais comme un gardon». «Dans l’eau, je ne suis jamais fatigué, je n’ai jamais mal. Je suis bien. C’est mon élément naturel.»

Ce premier défi gagné, félicité par de nombreuses personnes valides et handicapées et porteur d’espoir, il décide de faire l’année d’après l’aller-retour.

Et après tout s’enchaîne: défi Monte-Cristo où il termine 3e au classement monopalme parmi 500 participants… valides; création de son association «Le dauphin corse»; et surtout son plus grand défi — pour le moment — 60km à la nage entre l’île d’Elbe et la Corse, soit 15h50 sans s’arrêter en 2012.

Parmi ses derniers exploits, il est bon de noter sa nage de 20min dans une eau à -1,6°C, en «petit slip de bain», au Groenland et sa «traversée du souvenir», l’année dernière: 20km qui lui permette de revenir sur les lieux de l’accident «histoire de montrer à Daniel, l’ami qui m’a sauvé la vie, qu’il a bien fait!»

Après ses 19km sur le lac Léman (Suisse), il devait faire le tour de la Corse avec trois compères ce mois de septembre, soit 500km non-stop en une semaine, «le défi de trois personnes valides», dit-il. La météo en a décidé autrement, mais Thierry Corbalan nous répond calmement que ce n’est que partie remise…