Un chien ou une canne, le choix d’un mode de vie

AUTONOMIE Il faut parfois compter trois ans avant qu’un chien-guide ne soit remis gratuitement à une personne aveugle…

Coralie Lemke
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Les chiens sont formés dans une des 12 écoles existantes en France.
Les chiens sont formés dans une des 12 écoles existantes en France. — S. FREDERIC/SIPA

En France, 80.000 personnes sont aveugles selon la Fédération des aveugles de France (FAF). Mais seules 1.500 d’entre elles se déplacent grâce à un chien-guide selon l’Association nationale des maîtres de chiens guides d’aveugles (ANMCGA). Un chiffre qui s’explique en partie par une pénurie dans certaines régions mais aussi parce-que posséder un animal peut parfois s’avérer contraignant.

Michel Rossetti, le président de l’Association nationale des maîtres de chiens guides d’aveugles, a perdu la vue à 40 ans. Il a commencé par se servir pendant trois ans d’une canne blanche. Il a ensuite décidé de prendre un chien-guide.

Voilà 20 ans qu’il continue d’utiliser cette méthode. Il en est à son quatrième chien, Ghost, un labrador de quatre ans et demi. «Un chien trouve toujours la solution dans la rue. Il contourne les dangers, m’emmène directement devant les passages piétons et les portes des bâtiments», explique-t-il.

Des chiens remis gratuitement

Les chien-guides sont remis gratuitement aux personnes aveugles. Il existe 12 écoles à travers la France, dont le centre de naissance et d’éducation nouvellement ouvert à Buc en Ile-de-France. «A Paris, l’attente peut durer entre deux ou trois ans. Dans les zones moins habitées comme à Limoges, cela met au plus six mois», précise Paul Charles, le président de la Fédération française des associations de chiens guides d'aveugles

Un système de répartition national est en train d’être progressivement mis en place pour égaliser les temps d’attente. Agés de 20 à 24 mois, les chiens resteront avec leurs maîtres jusqu’à dix ans maximum. «Les chiens ont la capacité de mémoriser directement chaque nouveau trajet.» Ils connaissent une cinquantaine de mots allant de « avance» à «cherche la porte».

Les chiens sont remis aux personnes aveugles lorsqu'ils sont agés d'au moins 20 mois. S. FREDERIC/SIPA
Les chiens sont remis aux personnes aveugles lorsqu'ils sont agés d'au moins 20 mois. S. FREDERIC/SIPA

Mais Michel Rossetti comprend pourquoi certains préfèrent se déplacer avec une canne. «L’avantage, c’est qu’elle ne demande rien. Il suffit de la prendre quand on sort et de la ranger quand on rentre. On est tranquille chez soi», explique-t-il. Si le travail de l’animal s’arrête une fois rentré à la maison, il faut toutefois jouer avec lui et le laisser s’amuser. Michel Rossetti est formel: «Pour que le chien travaille bien, il faut qu’il y ait une complicité avec son maître.»

S’occuper de l’animal

Un aspect qui ne convient pas à tout le monde. Geneviève Bernard est non-voyante et présidente de l’association les Cannes blanches, qui fournit du matériel et propose des cours de braille aux personnes non-voyantes et malvoyantes.

Elle s’est toujours servie d’une canne. «J’aime être indépendante. En plus, pour un chien, il faut avoir de l’espace. Il ne serait pas heureux dans un petit appartement parisien.» Pour utiliser une canne, tous les sens doivent être en éveil. Impossible de se reposer sur quoi que ce soit sinon sur ses impressions. «C’est sûr qu’il faut avoir des repères lorsqu’on utilise une canne, comme l’odeur aux abords d’une boulangerie par exemple.

Il existe depuis quelques années une nouveauté sur le marché, la canne électronique. Lancée en 2002 par l’association Lions Club qui finance le projet, elle a été mise au point par des chercheurs du CNRS. 1300 personnes l’utilisent aujourd’hui selon l’association.

La canne qui innove

Il s’agit d’une canne blanche classique, surmontée d’un boitier qui ressemble à une télécommande. Elle mesure les distances grâce à un rayon laser. «Les informations transmises à son utilisateur par des vibrations. La canne vibre fort si l’objet est proche et longtemps si l’objet est large», explique Pierre Ponthus, président de l’association Cannes blanches électroniques. Elle permet de ne pas se laisser surprendre par un objet encombrant, comme une voiture qui recule par exemple, même sur un trajet déjà bien connu.

La canne électronique nécessite une journée de formation. BORDAS/SIPA
La canne électronique nécessite une journée de formation. BORDAS/SIPA

La canne et la formation d’une journée coûtent en tout 1.600€. Une dépense prise en charge par le Lions Club si la personne est jugée apte à s’en servir. «Il faut déjà bien savoir manier une canne blanche classique. Sinon, nous invitons la personne à acheter une canne simple en pharmacie pour commencer.» Car la canne demande une concentration accrue.

Un GPS en complément

«Il n’empêche, une canne électronique ne vous indiquera pas de quelle nature est un obstacle. Et s’il y a un trou par terre, on tombe dedans», regrette Geneviève Bernard. Un inconvénient que le connaît pas le chien-guide.

Dernier outil utile pour les personnes non-voyantes et malvoyantes, le GPS piéton vocal. Avec une oreillette, il indique le nom des rues, des carrefours où l’utilisateur se trouve, ainsi que les lignes de métro. «Un GPS peut être complémentaire pour les endroits inconnus. Ça permet de se repérer si l’on est perdu», conclut Michel Rossetti.

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