Initiatives originales pour trouver un emploi: «Il ne faut pas hésiter à oser»

INTERVIEW Christel de Foucault, consultante en ressources humaines, juge positivement les coups d’éclat des demandeurs d’emploi pour tenter de sortir du chômage…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Marseille le 17 juin 2013 - CV Street accroche des propositions de services faites par des demandeurs d ' emploi dans les rues du centre ville
Marseille le 17 juin 2013 - CV Street accroche des propositions de services faites par des demandeurs d ' emploi dans les rues du centre ville — P.Magnien / 20 Minutes

Distribuer des CV dans le métro, créer un salon de recrutement où l’on est l’unique candidat, postuler au bord de la route une pancarte à la main… Ces dernières années, des demandeurs d’emploi ont multiplié les initiatives originales pour sortir du chômage en se faisant remarquer tant par les médias, que par les recruteurs. 20 minutes a interrogé Christel de Foucault, consultante en ressources humaines, ex-recruteuse et auteur de Déjouez les pièges des recruteurs* pour évaluer l’efficacité de ces démarches.

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Est-il risqué ou au contraire judicieux pour un demandeur d’emploi de rechercher un poste de manière totalement décalée ?

Toutes les initiatives originales pour trouver un emploi sont intéressantes. Car il faut désacraliser la recherche d’emploi : on peut tenter des choses, même si le marché du travail est difficile actuellement, particulièrement pour les jeunes et les seniors. Il ne faut pas hésiter à oser, car on n’a rien à perdre.

Ces initiatives sont-elles avant tout bonnes pour le moral des demandeurs d’emploi ?

Tout à fait. Quand on est en recherche d’emploi et que l’on n’obtient peu ou pas de retours à ses candidatures, on a très vite l’impression de ne plus rien valoir sur le marché du travail. En se lançant dans une opération de recherche d’emploi originale, on retrouve foi en soi. Car ce type d’initiatives est généralement bien reçu par le grand public et elles sont aussi très souvent médiatisées au moins localement. Le candidat qui a postulé au bord de la route raconte d’ailleurs que beaucoup d’automobilistes se sont arrêtés pour le féliciter et l’encourager. C’est essentiel pour rester optimiste.

Mais ces initiatives permettent-elles vraiment de trouver du travail ?

Elles sont généralement génératrices de positivité et de succès pour ceux qui les lancent. Cela ne veut pas dire que le candidat sera forcément retenu pour un poste, mais qu’il décrochera au moins quelques entretiens. J’ai par exemple, en mémoire le cas d’un candidat de 59 ans, qui n’arrivait pas à trouver du boulot. Il a envoyé à plusieurs entreprises des boîtes de conserve avec une étiquette qu’il avait conçue lui-même sur laquelle il était indiqué « conservez-moi ». Et il a fini par être embauché.

Pourtant le monde du recrutement répond à des règles très classiques…

Les recruteurs ont en effet tendance à chercher des clones. Mais du coup, ils rencontrent très souvent des candidats qui tiennent le même discours et expliquent que leur principal défaut professionnel est d’être perfectionniste. Ce formatage des candidats peut lasser certains recruteurs, qui vont être à la recherche de profils différents. D’autant que certaines entreprises, à force de rechercher le mouton à cinq pattes, n’arrivent plus à recruter. Le fait de postuler via une affiche dans la rue ouen distribuant des CV dans le métro, ne sera alors pas interprété par eux comme un acte désespéré, mais comme une preuve de courage. Comme l’effort d’un demandeur d’emploi pour faire changer les choses et comme la preuve de sa motivation. Or, c’est la principale qualité recherchée par un employeur.

Faut-il malgré tout proscrire certaines initiatives ou tout est-il envisageable ?

Je pense que l’on peut tout tenter sur la forme. A condition de rester proche de ce que l’on est. Il ne faut en aucun cas mentir sur ses compétences. Sur le fond le message du demandeur d’emploi doit être la même sur CV classique que sur une affiche dans la rue par exemple.

 

* Déjouez les pièges des recruteurs, Christel de Foucault, Eyrolles, 2016, 18 €.