Chômage: Le plan pour l'emploi de Hollande est-il à la hauteur?

TRAVAIL «20 Minutes» a interrogé deux économistes sur l'efficacité des mesures pour l'emploi présentées ce lundi par François Hollande...

Laure Cometti

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François Hollande a présenté son plan pour l'emploi, le 18 janvier 2016 à Paris.
François Hollande a présenté son plan pour l'emploi, le 18 janvier 2016 à Paris. — Yoan Valat/AP/SIPA

François Hollande n’a plus qu’un an pour tenir son engagement d’inverser la courbe du chômage d’ici la fin de son mandat. Le chef de l’Etat a présenté ce lundi une série de mesures pour relancer l’emploi. Ce plan est-il à la hauteur de la situation, alors que la barre des 3,5 millions de chômeurs a été franchie en mars 2015 ?

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Attention à ne pas « diluer » le budget des formations 

Le gouvernement vise l’objectif de former 20 % des demandeurs d’emploi, en proposant un million de formations en 2016, contre 500.000 en 2015. Le besoin de formation fait consensus. « C’est un outil essentiel pour lutter contre le chômage », souligne Gérard Cornilleau, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), qui regrette que ces moyens soient mis en œuvre dans le cadre de « plans successifs et transitoires, en fonction d’un calendrier économique ou politique, et pas en permanence. Mais la formation ne marche que lorsqu’il y a des emplois », souligne-t-il.

Attention à « la dilution des moyens de formation, dont le budget s’élève déjà à 35 milliards d’euros », souligne Stéphane Carcillo, économiste et maître de conférences à l’université Paris 1. « Il y a beaucoup de formations non qualifiantes ou sans débouchés », déplore-t-il, plaidant pour une meilleure évaluation de ces cursus.

La baisse des charges sociales est « incitative »

Pour créer des emplois, François Hollande mise principalement sur un allégement fiscal pour les entreprises et l’incitation à l’embauche pour les petites et moyennes entreprises (moins de 250 salariés). Le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) sera transformé en « baisse définitive de charges sociales » au-delà de 2017. « C’est incitatif de transformer un remboursement en baisse de charges », observe Stéphane Carcillo. Le CICE, actuellement plafonné à 2,5 fois le Smic, mériterait selon lui de cibler davantage les bas salaires. « C’est là qu’il y a du chômage et que le coût du travail est problématique », insiste-t-il.

Gérard Cornilleau est plus sceptique quant à la volonté de faire baisser le coût des emplois peu qualifiés, « au risque de déqualifier la main-d’œuvre ». Il met en garde contre la surenchère européenne en matière de gain de compétitivité. « C’est une politique suicidaire ».

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La prime à l’embauche pour les PME, un simple « effet d’aubaine » ?

Autre mesure visant à stimuler l’embauche : les PME toucheront une prime annuelle de 2.000 euros pendant deux ans pour chaque recrutement en CDI ou CDD (de plus de six mois) à un salaire proche du Smic (de 1 à 1,3 fois le salaire minimum), avant la fin de l’année 2016. Pour Gérard Cornilleau, cette prime aura « surtout un effet d’aubaine », mais pas d’impact durable sur le chômage. Cette prime ne convainc pas non plus certains patrons de PME interrogés par L’Express, qui la qualifient de « mesurette » et réclament un assouplissement du droit du travail.

Stéphane Carcillo estime en revanche que cette prime peut avoir un impact à court terme, « car elle est incitative et cible les bas salaires ». Un dispositif similaire mis en place en 2009-2010 pour les entreprises de moins de dix salariés avait selon lui permis de créer « 30.000 emplois ».

Si Gérard Cornilleau se montre plus sceptique, Stéphane Carcillo estime donc que « ce plan va clairement dans le bon sens, et l’effort, à hauteur de deux milliards d’euros, est significatif ». L’économiste regrette toutefois que l’exécutif n’ait pas annoncé un assouplissement du licenciement économique, un dispositif qui a été « créateur d’emplois en Espagne ».