Les demandeurs d'emploi divisés sur le contrôle renforcé des chômeurs

TEMOIGNAGES «20 minutes» a demandé l'avis des usagers d'une agence Pôle emploi située dans le 8e arrondissement de Paris sur cette mesure...

Delphine Bancaud
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ILLUSTRATION d'une agence Pole emploi à Paris
ILLUSTRATION d'une agence Pole emploi à Paris — ERIC PIERMONT / AFP

Alors que les chiffres du chômage seront délivrés ce lundi à 18h, la pression s’accroît sur les demandeurs d’emploi. Pôle emploi a en effet annoncé fin mai la généralisation d’un dispositif de contrôle renforcé des demandeurs d’emploi à partir du mois d’août. Ainsi, 200 agents seront affectés au repérage des chômeurs qui ne sont pas actifs dans leur recherche de poste.

Une perspective qui divise les demandeurs d’emploi, à en croire ceux que 20 minutes a rencontré ce lundi devant une agence Pôle emploi du 8e arrondissement de Paris. Certains d’entre eux, à l’instar de Bernard, 55 ans, interprète la mesure comme un moyen de « fliquer » et de stigmatiser les chômeurs : « Ajouter de l’angoisse à la précarité, c’est stupide. Ce contrôle renforcé est fait pour culpabiliser les chômeurs. Et cela va permettre d’en radier beaucoup plus, notamment l’été », s’énerve-t-il. Lui qui recherche un poste en animation des ventes ne croit d’ailleurs pas au fait que beaucoup de chômeurs soient inactifs dans leur recherche d’emploi : « Seulement 1 ou 2 % des demandeurs d’emploi sont dans ce cas, les autres envoient au moins 10 CV par semaine. Le chômeur fainéant tient donc du fantasme », tempête-t-il.

« Je suis sceptique »

Même son de cloche chez Christine, 52 ans, qui recherche un emploi dans le secteur de la petite enfance : « Pôle emploi nous met déjà une pression pas possible. Alors est-ce besoin d’en ajouter ? Aujourd’hui je suis convoquée car je risque d’être radiée en raison d’un rendez-vous téléphonique manqué. Et ce parce que mon conseiller ne m’a pas appelée au bon numéro », confie-t-elle. « Par ailleurs, je suis sceptique sur le fait que ce contrôle renforcé permette de remettre les chômeurs les plus passifs vers le chemin de l’emploi. Car à chaque fois que Pole emploi m’a proposé des offres, elles ne correspondaient pas à mon profil. Le vrai problème, c’est plutôt que les conseillers brassent de l’air, mais ne peuvent au final pas grand-chose pour nous », s’emporte-t-elle.

Des droits, mais aussi des devoirs

Mais d’autres demandeurs d’emploi estiment ce renforcement du contrôle des chômeurs légitime, à l’instar d'Abdelatif, un quinquagénaire qui recherche un emploi dans le bâtiment. « C’est une bonne chose de vérifier si tout le monde est bien actif dans sa recherche. Car ceux qui touchent pas mal d’Assedic ont tendance à se la couler douce. Le fait de se savoir qu’ils peuvent être contrôlés et peut-être perdre leurs allocations va les redynamiser », affirme-t-il.

Manon, 27 ans, qui vient de s’inscrire à Pôle emploi, juge aussi « normal d’avoir des droits, mais aussi des devoirs ». « Dans mon entourage, certaines personnes qui ne sont pas dans le besoin profitent de leurs premiers mois de chômage pour faire une pause. S’ils se savent surveillés, ils vont se bouger », estime-t-elle. Reste que pour la jeune femme, ce contrôle renforcé ne doit pas être qu’une démarche administrative : « il faut aussi que les chômeurs les moins dynamiques bénéficient ensuite d’un vrai accompagnement, par des conseillers qui connaissent un peu leur secteur d’activité, ce qui n’est pas souvent le cas », soupire-t-elle. « Moi je ne risque rien s’ils me contrôlent et je pense que ça va aider à repérer les fraudeurs », déclare une autre demandeuse d’emploi qui refuse de dire son prénom. « Mais je ne suis pas sûre qu’on soit mieux aidé dans nos recherches pour autant », déclare-t-elle avant de tourner les talons.