Emploi: Les Français (plutôt) optimistes pour eux-mêmes et pessimistes pour les autres

TRAVAIL Six actifs sur dix ne sont pas inquiets pour leur propre poste, selon l'Observatoire sur l'emploi de BVA...

Céline Boff

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Une antenne de Pôle emploi à Bailleul, dans le Nord-Pas-de-Calais, le 13 septembre 2012
Une antenne de Pôle emploi à Bailleul, dans le Nord-Pas-de-Calais, le 13 septembre 2012 — Philippe Huguen AFP

Négatifs, les Français? En ces temps de chômage record, près de six actifs sur dix (59%) se déclarent optimistes quant à l’avenir de leur propre poste, révèle l’Observatoire sur l’emploi*, réalisé par BVA pour le Boncoin.fr, en partenariat avec 20 Minutes. En revanche, ils sont nettement plus inquiets pour les postes des autres: 75% des sondés jugent la situation du marché de l’emploi français préoccupante.

«Ce décalage reflète bien la dualité de notre marché du travail. Ces chiffres prouvent que les Français ne se sentent pas directement menacés, mais ils constatent les difficultés de leurs enfants à s’insérer sur le marché du travail», analyse Gilbert Cette, professeur d’économie à l’université Aix-Marseille.

Des craintes réelles

Pour Régis Bigot, directeur général du Crédoc, un centre spécialisé dans l’observation des conditions de vie, «cette tendance à enjoliver sa situation personnelle et à noircir le tableau pour les autres revient fréquemment dans les enquêtes d’opinion». D’après cet expert, ce phénomène relève de la «désirabilité sociale», c’est-à-dire de l’envie de se présenter à ses interlocuteurs sous un jour favorable. Du coup, «le chiffre de 60% d’actifs confiants paraît très faible… Il faut surtout noter que 40% ne cachent pas le fait d’être inquiets», poursuit Régis Bigot.

D’ailleurs, s’ils perdaient leur emploi actuel, près des trois quarts des actifs estiment qu’il leur serait difficile de retrouver un poste équivalent (73%). «C’est un chiffre très impressionnant. Il prouve que les Français pensent qu’en sortant du marché du travail, ils seront immédiatement déclassés», estime Régis Bigot.

Une analyse partagée par Gilbert Cette: «Une fois de plus, cette statistique étaye la dualité de notre marché du travail. Les Français savent que leur CDI leur offre une forte protection et que s’ils le perdent, ils risqueront de passer douloureusement et longuement par les cases chômage et emplois précaires.»

Si seuls 25% des Français sont optimistes quant à la situation du marché du travail, le chiffre est meilleur (34%) pour les 18 à 24 ans. Ce qui réjouit Gilbert Cette, parce que ce pourcentage «ne reflète absolument pas la réalité économique, puisque les jeunes sont les plus confrontés au chômage. Mais malgré toutes ces difficultés, ils conservent donc une vision plus positive que les adultes et les seniors». «Les jeunes sont naturellement plus optimistes, ils pensent que les choses vont s’améliorer pour eux et ils n’ont pas tort: en moyenne, leur niveau de vie s’élève dans le temps», ajoute Régis Bigot.

Les salariés du public particulièrement pessimistes

A l’inverse, les salariés du secteur public se montrent nettement plus pessimistes que ceux du secteur privé: seuls 42% des premiers sont optimistes sur l’avenir de leur institution, contre 61% des seconds. Pour Gilbert Cette, «cette inquiétude se comprend bien: leur point d’indice, qui sert de base au calcul de leur rémunération, est gelé depuis mi-2010. On ne cesse de leur répéter qu’ils coûtent trop cher et qu’il faut faire des économies.»

Dans ce contexte économique et social difficile, la rémunération est plus que jamais la priorité des Français: être mieux payé est leur attente numéro 1 (39%), loin devant la volonté d’avoir plus de temps libre (16%), davantage de responsabilités (7%) ou un travail plus intéressant (7%).

«Le fait que la rémunération soit la préoccupation première des citoyens veut peut-être dire qu’ils sont finalement moins inquiets à l’idée de perdre leur travail qu’à celle de ne pas être augmentés… Mais cette attente peut sembler légitime dans la mesure où le pouvoir d’achat des Français n’a pas progressé depuis 2002», conclut Régis Bigot.

La méthodologie de l’étude

L’enquête a été réalisée par BVA auprès d’un échantillon représentatif de 966 personnes âgées de 18 ans et plus, recrutées par téléphone puis interrogées par Internet les 5 et 6 mars.