Tombes à prix cassés : Comment fonctionnent les ventes aux enchères de sépultures ?

OBSEQUES Lorsque des sépultures sont abandonnées, la commune en reprend possession pour les attribuer à de futurs pensionnaires. Dans certaines villes, ce recyclage va même jusqu’à vendre aux enchères les monuments funéraires de ces tombes

Julie Polizzi pour 20 Minutes

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La ville de Lyon organise des ventes aux enchères de pierres tombales depuis la fin du XIX<sup>e</sup> siècle.
La ville de Lyon organise des ventes aux enchères de pierres tombales depuis la fin du XIX<sup>e</sup> siècle. — IStock / City Presse

De nos jours, même la dernière demeure des défunts a une durée limitée. Une fois l’échéance dépassée, place est faite pour les suivants. Quant aux ornements, parfois luxueux, qui marquent l’emplacement de la tombe, ils partent le plus souvent à la déchetterie. Certaines villes ont toutefois trouvé une alternative, la vente aux enchères.

Une expulsion encadrée

Bon nombre de municipalités n’octroient plus de concession perpétuelle. Au mieux, une dernière demeure pourra accueillir son locataire cinquante ans. Mais qu’importe, l’usage de cet emplacement payé rubis sur l’ongle peut être remis en cause. Si la famille ne fait aucune demande de renouvellement dans les deux ans qui suivent l’échéance de la concession, la mairie peut décider d’en reprendre possession. Un panneau d’information est alors apposé au pied de la sépulture.

De même, une tombe non entretenue, dont l’aspect devient indécent ou délabré, peut être reconnue en état d’abandon. Là encore, la mairie peut faire valoir son droit à la reprise, sous réserve de respecter certaines conditions. La concession doit avoir plus de trente ans et la dernière inhumation remonter à dix ans au moins. Il faut alors aviser la famille et attendre trois ans à partir du constat d’abandon. Dans ces deux cas, les ossements sont exhumés et mis dans l’ossuaire du cimetière pour libérer la place.

Une tradition lyonnaise

Lors d’une reprise de concession, les communes font place nette. Stèle, plaque funéraire, monument, sculpture, voire chapelle entière sont alors détruits et jetés en déchetterie. Une opération parfois très coûteuse et un coup de massue pour le patrimoine local. Car, dans certains cas, les tombes ont plusieurs siècles.

Mais il est une ville qui a depuis longtemps fait le choix de donner une seconde vie à ces ornements : Lyon. Depuis un arrêté préfectoral remontant à la fin du XIXe siècle, la municipalité organise chaque année une vente aux enchères de monuments funéraires. On peut par exemple y acheter une tombe récente en granit pour 200 euros ou un sarcophage de pierre pour 2.600 euros. Selon les cas, les sépultures peuvent être accompagnées de certaines obligations comme le fait de réaliser une simple restauration et d’y apposer le nouveau nom ou d’employer des matériaux identiques.

Recyclage et valorisation

Cette tradition lyonnaise permet à tout le monde d’y trouver son compte. Alors que la mairie économise le déblayage et valorise son patrimoine à moindres frais, les citadins peuvent s’offrir une tombe à prix cassé ou un monument ancien unique et, parfois, une place de choix dans le cimetière à laquelle ils n’auraient sinon pas eu accès. Mais attention, pour être confirmée, la vente doit être accompagnée, dans les jours suivants, par l’achat de la concession concernée qui, elle, n’est pas bradée.

Convaincues par cette initiative originale, d’autres villes ont repris les ventes aux enchères funéraires à leur compte, à l’instar de Vesoul ou de Lille, qui organisent ces « vides-cimetière » pour petits budgets. Les montants des pierres tombales peuvent en effet être trois à dix fois moins élevés que pour du neuf. À l’inverse, en 2017, Roubaix a mis à prix quatre chapelles funéraires à 1 euro dans l’espoir qu’elles soient restaurées, sachant qu’une telle rénovation se chiffre à plusieurs dizaines de milliers d’euros en moyenne.