Sécurité routière : les radars flashent moins… en attendant la relève

ARGENT D’après la Cour des comptes, les radars ont moins fonctionné en 2018 et leurs recettes sont en baisse. Mais les sanctions pourraient réaugmenter… à cause des drones

Agence pour 20 Minutes

— 

Alors que les recettes des infractions de la route ont connu une «baisse sans précédent», les autorités préparent déjà la riposte.
Alors que les recettes des infractions de la route ont connu une «baisse sans précédent», les autorités préparent déjà la riposte. — Fotomelia

Selon la Cour des comptes, les radars ont nettement moins flashé en 2018 que lors des crus précédents. Dans l’analyse du budget de l’État qu’ils ont rendu publique au mois de mai, les sages du palais Cambon relèvent même une « baisse sans précédent », avec 2,5 millions d’infractions relevées en moins et quelque 150 millions d’euros de manque à gagner pour les caisses de l’État.

Un meilleur comportement au volant ?

On aurait pu penser que le mouvement des « gilets jaunes » et les dégradations qu’il a entraînées pourraient, à eux seuls, expliquer une telle chute. Mais la Cour des comptes est plus nuancée : « Si l’impact de la destruction des radars en fin de période est manifeste, la diminution de recettes est observée toute l’année et pose la question d’éventuels changements vertueux de la conduite des automobilistes. » La baisse des recettes serait ainsi tout autant due à la prise de conscience collective des dangers d’une vitesse excessive et à des comportements plus responsables sur la route qu’aux mises hors service des radars.

L’évolution mois par mois est en ce sens sans appel. Les recettes générées par les contrôles automatisés sont en baisse de 16 % sur le premier semestre, alors même que les 80 km/h n’étaient pas encore appliqués. Le second semestre enregistre une baisse comparable de 17 %. « Sur un différentiel de recettes de 139,20 millions d’euros entre 2017 et 2018, le premier semestre représente 45 % des pertes », confirme la Cour.

Un résultat à relativiser

Les analystes du palais Cambon vont même plus loin : l’État a très mal estimé les recettes, puisque les experts de la Sécurité routière s’attendaient à une augmentation de 100 millions d’euros, soit une hausse de 20 % des infractions. C’est donc un gouffre de 250 millions qui apparaît aujourd’hui.

Malgré tout, ces chiffres sont à relativiser : 2018 a été la troisième année la plus profitable pour l’État depuis la mise en place des radars automatisés, au milieu des années 2000. Avec 850 millions d’euros qui passent des automobilistes aux caisses de l’État, la manne reste particulièrement profitable, même si les dépenses imputables au vandalisme ont également augmenté (+155 %, à 23 millions d’euros). Le solde cumulé sur les trois dernières années reste ainsi bénéficiaire de près de 290 millions d’euros. Une fois encore, la Cour des comptes avertit sur le fait qu’une partie importante des recettes des amendes (30 %) n’est pas utilisée, contrairement à la loi, pour l’amélioration de la sécurité routière et du réseau.

De nouveaux radars en approche

Malgré une analyse très nuancée de la Cour des comptes, les autorités ont décidé de s’appuyer sur ce mauvais bilan pour trouver de nouveaux moyens de relever les infractions. L’échec des voitures banalisées roulantes, pas assez rentables pour justifier leur déploiement, semble acté. Le département de l’Essonne effectue actuellement des tests pour préparer la riposte. Un tout nouveau système de contrôle par drone pourrait être mis en place à l’issue de cette phase d’expérimentation locale.

Le principe est aussi simple qu’implacable : les images du drone sont retransmises sur la tablette d’un agent, qui a tout loisir de constater les infractions (franchissement de ligne blanche, non-respect des distances de sécurité, etc.) commises sur une large zone. Impossible, pour les automobilistes, de se prévenir via des applications GPS communautaire (Waze, Coyote, etc.) puisque l’engin, petit, vole à 30 m du sol et couvre un vaste périmètre. Selon les premiers résultats, les policiers ont constaté plus de 60 entorses au code de la route en deux heures de test sur un tronçon accidentogène. La menace vient désormais du ciel.