Présentation du budget 2019: Les points chauds à surveiller ce lundi

EQUILIBRE De nombreusx arbitrages budgétaires ont déjà été faits…

Nicolas Raffin

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Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à la sortie de l'Elysée.
Bruno Le Maire et Gérald Darmanin à la sortie de l'Elysée. — Jacques Witt / Sipa/SIPA
  • Le gouvernement dévoile son projet de loi de finances ce lundi.
  • Le déficit devrait atteindre les 2,8 % du PIB en 2019, mais les prévisions de croissance font l’objet de débats.
  • La grande question sera celle de l’évolution du pouvoir d’achat.

Le budget 2019 est présenté officiellement ce lundi matin à Bercy. Mais y aura-t-il des surprises ?  Depuis l’interview d’Edouard Philippe au JDD fin août, qui a tracé les grandes lignes du « projet de loi de finances » (PLF), les annonces des ministères ont fusé de tous les côtés. Au final, quelques grandes lignes se dégagent de ce deuxième budget du quinquennat d'Emmanuel Macron.

Fonction publique : La baisse du nombre de fonctionnaires se poursuit

Emmanuel Macron a promis de supprimer 120.000 postes dans la fonction publique en cinq ans, dont 50.000 dans la fonction publique d’État. Mais pourra-t-il tenir cet engagement ? En 2018, seulement 1.600 suppressions de postes ont été actées. Pour 2019, Edouard Philippe en prévoit 4.500, puis… plus de 10.000 en 2020.

Or, avant même ces grandes coupes, l’exécutif doit déjà faire face à des réactions très vives de la part des fonctionnaires. L’annonce de la disparition de 1.800 postes en 2019 dans l’Education nationale est ainsi très mal passée. « En raison de la hausse démographique, les collèges attendent 32.000 élèves supplémentaires à la rentrée 2019, sachant que certaines classes sont déjà à 30 élèves. Avec moins d’enseignants, leurs conditions d’apprentissage seront forcément dégradées », a déclaré à 20 Minutes Valérie Sipahimalani, secrétaire générale adjointe du SNES (syndicat national des enseignants de second degré). De même, la suppression de 1.600 postes au ministère des Sports – sur la période 2018-2022 - a été vécue comme une «   annonce brutale » par la ministre elle-même, Roxana Maracineanu.

Prestations sociales : Des signaux contradictoires

L’exécutif joue la carte du « en même temps ». Côté pile : la revalorisation de la prime d’activité (+80 euros au niveau du Smic d’ici 2022), du minimum vieillesse (+35 euros en janvier 2019) et de l’allocation adulte handicapé (+100 euros d’ici 2022). Côté face : les aides personnalisées au logement, les allocations familiales et les pensions de retraites, ne seront revalorisées que de 0,3% en 2019 alors que l'inflation est attendue à 1,3%. En conséquence, les ménages concernés risquent de subir une perte de pouvoir d’achat.

Comme l’expliquait Edouard Philippe fin août, le gouvernement « privilégie (…) la rémunération de l’activité et (…) rompt avec l’augmentation indifférenciée des allocations ». Un argument qui n’a pas convaincu l’opposition. « Au lieu de nous annoncer (…) des économies courageuses sur le train de vie de l’État (…), c’est à nouveau dans la poche des classes moyennes que l’on va chercher des efforts », s’est indigné le patron des Républicains, Laurent Wauquiez.

Fiscalité : Vers un « coup de pouce » pour les particuliers ?

Lors de la présentation du budget 2018, Gérald Darmanin avait brandi le petit livret « du pouvoir d’achat » pour montrer que le gouvernement prenait soin du portefeuille des Français. Mais la hausse des taxes (tabacs, carburants), et la baisse en deux temps des cotisations salariales – alors que la CSG a été augmentée d’un coup – sont venues contrarier le discours de l’exécutif.

Alors que « l’effet psychologique » du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu reste difficile à prévoir, plusieurs mesures ont déjà été mises en avant pour rassurer certaines catégories de contribuables. Jeudi dernier, Edouard Philippe a ainsi fait un geste en faveur des retraités :  ils seront 300.000 à être exonérés de la hausse de la CSG en 2019 et les années suivantes.

Les salariés du public et du privé ne sont pas oubliés. A partir de septembre 2019, ils n’auront plus de cotisations sociales à payer sur leurs heures supplémentaires. Mais contrairement à la mesure décidée par Nicolas Sarkozy en 2007, elles resteront imposables. « Le gain attendu devrait être de 88 euros par an et par ménage, pour un coût de 3 milliards [d’euros] par an pour les finances publiques », souligne Sébastien Lahaye, chercheur associé à l’institut Thomas More, dans une tribune publiée fin août.

Déficit : Dans les clous de Bruxelles… jusqu’à quand ?

« Cela fait 43 ans que la France vote des budgets en déficit (…) c’est dingue ! » s’exclamait Edouard Philippe en juillet. Le Premier ministre espère donc réaliser un exploit quasi historique en votant un budget à l’équilibre… en 2022. D’ici là, il faudra réduire sévèrement les dépenses ou augmenter fortement les impôts.

En effet, l’exécutif vise un déficit de 2,8 % pour 2019, juste en dessous des 3 % imposés par les critères européens. Ce qui laisse peu de manœuvres en cas de ralentissement de la croissance ou d’événement imprévu qui viendrait creuser les caisses de l’État. Le gouvernement sera donc particulièrement attentif à la croissance de 2018 : après avoir espéré 2 % en début d’année, Bercy s’est finalement rabattu sur 1,7 % pour construire son projet de loi de finances. Mais certains organismes, comme la Banque de France, tablent plutôt sur 1,6 %. Si cette prévision était exacte, cela voudrait dire qu’il faudrait trouver 2,5 milliards d’euros de plus pour boucler le budget.