Croissance en berne, hausse des déficits... Pourquoi le budget 2019 est un vrai casse-tête pour Emmanuel Macron

ECONOMIES La croissance plus faible que prévu va exercer une pression supplémentaire…

Nicolas Raffin

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Emmanuel Macron lors du conseil des ministres le 3 août 2018.
Emmanuel Macron lors du conseil des ministres le 3 août 2018. — VILLARD/SIPA
  • Emmanuel Macron va devoir réaliser des économies supplémentaires s’il veut tenir son objectif de réduction du déficit.
  • Mais cela pourrait enrayer la croissance, qui est déjà plus morose qu’en 2017.
  • La gauche, comme la droite, affûtent déjà leurs arguments.

Pour son retour à l’Elysée ce mercredi, Emmanuel Macron va devoir jongler avec les chiffres. Après le conseil des ministres de ce matin, le chef de l’État présidera une réunion d’arbitrage budgétaire avec les deux ministres de Bercy – Bruno Le Maire et Gérald Darmanin – mais aussi la ministre du Travail Muriel Pénicaud et celle de la Santé, Agnès Buzyn.

En jeu, la préparation du budget 2019, qui sera dévoilé à la mi-septembre, avant d’être discuté dans la foulée à l’Assemblée. Au printemps, le gouvernement était plutôt optimiste : il tablait sur une croissance du PIB de 2 % cette année et de 1,9 % en 2019. Ce rythme aurait permis de réduire le déficit – l’une des priorités d’Emmanuel Macron – sans devoir tailler plus que prévu dans la dépense publique.

Un plan compromis

Mais tout s’est compliqué fin juillet, lorsque l’Insee a publié des chiffres indiquant que la croissance avait tendance à stagner, notamment en raison d’une consommation des ménages en berne. Résultat : le gouvernement a reconnu que sa prévision de 2 % pour 2018 était trop optimiste, et l’a abaissée à 1,8 % début août. Mais plusieurs économistes, et même l’Insee, tablent plutôt sur 1,7 % pour 2018… et 2019.

Ce ralentissement de la croissance va mécaniquement faire rentrer moins d’argent dans les caisses de l’État, et creuser le déficit. Ainsi, selon la réponse apportée par Bercy au député LREM Joël Giraud, il pourrait s’élever à 2,5 % cette année (au lieu des 2,3 % prévus par le gouvernement) et 2,6 % l’année prochaine. Certes, la limite fixée par Bruxelles (pas plus de 3 % de déficit) serait respectée, mais cela compromettrait la promesse d’Emmanuel Macron, qui vise un budget à l’équilibre en 2022.

Un coup de rabot chez les fonctionnaires ?

Le président a donc le choix. Il peut d’abord décider de « laisser filer » le déficit. Cela permettrait de « limiter le risque de contraction ou de ralentissement supplémentaire de l’activité », et donc de ne pas trop pénaliser la croissance, estime Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management, interrogé par franceinfo. L’inconvénient, c’est que les prochaines années (2020, 2021) devront s’accompagner d’énormes restrictions budgétaires si Emmanuel Macron veut arriver à l’équilibre en 2022.

L’autre option – une hausse des impôts ayant été écartée à plusieurs reprises – est donc celle d’un tour de vis budgétaire dès maintenant. Selon Le Monde, cela pourrait se traduire par la suppression de 10.000 postes de fonctionnaires en 2019, mais aussi par une nouvelle baisse des contrats aidés.

Des pistes pas encore confirmées par le gouvernement, mais qui ne manqueraient pas d’être exploitées par une partie de l’opposition : « J’ai l’impression que c’est l’inspection des finances qui gouverne ce pays », a ainsi dénoncé ce mercredi l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot. Le temps presse, et l’heure des choix arrive pour Emmanuel Macron.

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