Le gouvernement s’attaque au sujet explosif de la dépense publique

FINANCES Pour le détail, il faudra attendre un peu...

Nicolas Raffin

— 

Edouard Philippe durant la séance hebdomadaire de questions au gouvernement, le 27 mars 2018.
Edouard Philippe durant la séance hebdomadaire de questions au gouvernement, le 27 mars 2018. — Witt/ Sipa/SIPA
  • L’exécutif veut stabiliser la dépense publique d’ici 2022.
  • La réforme de l’État est un des grands chantiers du quinquennat d’Emmanuel Macron.
  • Un comité spécial doit bientôt publier ses conclusions.

Bien sûr, il ne s’agit que d’une « réunion interne », expliquent les équipes d’Edouard Philippe. Mais le thème du rendez-vous de ce mercredi entre le Premier ministre et les membres de son gouvernement est tout sauf anodin. Au menu ? Une discussion sur le « cadrage budgétaire », pour préparer le budget de l’année prochaine. Avec un sujet explosif : la réduction de la dépense publique (qui regroupe les dépenses de l’Etat, de la Sécurité sociale, et des collectivités territoriales) dans les prochaines années.

L’exécutif a promis de stabiliser cette dépense en volume (c’est-à-dire hors inflation) à la fin du quinquennat. Un tel effort serait quasiment inédit : à l’exception de l’année 2011, qui marquait la fin du plan de relance de Nicolas Sarkozy, la dépense publique a toujours progressé d’année en année depuis… les années 1970 (voir graphique ci-dessous).

Evolution de la dépense publique en volume depuis 1970.
Evolution de la dépense publique en volume depuis 1970. - Rapport sur l'évolution de la dépense publique 2013

Pour tenir son engagement, Emmanuel Macron va donc devoir couper significativement dans les dépenses. Un rapport de la commission des Finances du Sénat estime ainsi qu’il faudra réaliser 42 milliards d’euros d’économies d’ici 2020. Pour respecter cette feuille de route, le gouvernement attend beaucoup des conclusions du « comité action publique 2022 » ( CAP22), qui devraient être publiées d’ici début juin.

Les ministres en première ligne

Ce comité composé d’une trentaine de personnalités devrait fournir des pistes à l’exécutif pour réaliser la grande réforme de l’État souhaitée par le président. « Ce rapport, ce n’est pas simplement une machine à dégager des économies, c’est avant tout une transformation de la façon dont on [l’Etat] fonctionne » affirme un proche de Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics.

Cette transformation passe aussi par une responsabilisation des ministres. Depuis le début de l’année, à tour de rôle, chaque titulaire d’un portefeuille doit présenter ses idées de réforme devant ses petits camarades, à l’occasion du Conseil des ministres. Matignon explique d’ailleurs sur son site qu’ils seront les « chefs de file des politiques qu’ils conduisent ».

Des économies, oui, mais où ?

Mais après tout ce brainstorming gouvernemental, il faudra bien trancher. Où seront réalisées les économies ? Dans la santé ? Le logement ? Les prestations sociales ? A Bercy, on se borne pour l’instant à répondre qu’il n’y aura pas de « coup de rabot », autrement dit des coupes aveugles et automatiques.

L’exécutif avance avec prudence, car il sait que le sujet est sensible. La preuve : si 80 % des Français sont pour une « réduction de la dépense publique » selon un sondage Elabe-Les Echos publié début mai, « il n’existe (…) aucun consensus sur les secteurs où cette dépense devrait être réduite » écrit le quotidien. En résumé, chacun estime que des économies doivent être faites, mais chez les autres.

Pour y voir plus clair dans les choix du gouvernement, il faudra patienter un peu : la réunion de ce mercredi à Matignon ne donnera lieu à aucune communication officielle. Un « séminaire » pour faire le point sur les réformes est néanmoins prévu le 30 mai, avec l’ensemble des ministres.