Budget 2018: ISF, CSG, taxe d’habitation… A qui vont vraiment profiter les baisses d’impôts?

FISCALITÉ Les hauts revenus sont particulièrement choyés…

Nicolas Raffin

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La réforme de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) entrera en vigueur dès 2018.
La réforme de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) entrera en vigueur dès 2018. — ALLILI/SIPA
  • Le budget 2018 est présenté ce mercredi.
  • De nombreuses réformes fiscales sont au programme tant pour les revenus du travail que pour ceux du capital.
  • Selon l’OFCE, les ménages les plus aisés seront les principaux bénéficiaires des mesures.

Le projet de loi de finances (PLF) du budget 2018 présenté ce mercredi fera-t-il revenir Florent Pagny ? Le chanteur a annoncé cette semaine qu’il allait s’installer au Portugal pour « raisons fiscales ». Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire lui a répondu, affirmant que le PLF « vis [ait] justement à ce que tous ceux qui créent en France, qui créent des richesses, qui créent des emplois également, puissent être incités à rester ».

Le gouvernement prévoit des réformes fiscales d’ampleur : remplacement de l’ISF par un impôt sur l’immobilier, « prélèvement forfaitaire unique » (PFU) de 30 % sur les revenus du capital (dividendes, placements, hors livret A et PEA), suppression de la taxe d’habitation, etc. L’ensemble représente une baisse des prélèvements obligatoires de près de 10 milliards d’euros, et devrait représenter un gain annuel de 324 euros en moyenne par ménage selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Mais certains vont en profiter (beaucoup) plus que d’autres.

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Fiscalité du capital : les plus aisés peuvent se réjouir

A commencer par la réforme de l’ISF, qui concerne aujourd’hui 351.000 foyers. Le futur impôt portera uniquement sur les revenus immobiliers. Pour l’ONG Oxfam, qui a publié un rapport critique sur la politique fiscale d’Emmanuel Macron, la mesure « permettra au 1 % les plus riches d’économiser 3,6 milliards d’euros, une somme qui pourrait permettre de doubler les crédits budgétaires français destinés à lutter contre l’extrême pauvreté et le changement climatique dans le monde. »

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Les autres revenus du capital, comme les actions ou les obligations, seront eux taxés à hauteur de 30 %, via un prélèvement forfaitaire unique (PFU). Cela répond à la volonté du gouvernement de « libérer l’investissement », en incitant à financer l’économie « réelle ». C’est également une aubaine pour les Français les plus riches, qui concentrent la majeure partie de ces revenus.

En effet, selon une étude de l’OFCE, « les 10 % de ménages les plus aisés » vont capter deux tiers de la baisse d’impôt liée au PFU. Néanmoins, un débat persiste sur le coût de la mesure : le gouvernement affirme que le manque à gagner ne sera que de 1,5 milliard d’euros, contre 4 milliards d’euros selon les estimations de l’OFCE. Il faudra attendre la présentation détaillée du budget pour voir qui s’approche le plus de la vérité.

La « bascule » des cotisations vers la CSG : un gain pour les salariés et indépendants… jusqu’à un certain niveau

Autre mesure annoncée par Emmanuel Macron pendant sa campagne et qui sera mise en œuvre en 2018 : la suppression des cotisations maladie et chômage des salariés du privé, en contrepartie d’une augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG). Pour l’exécutif, il s’agit de « redonner du pouvoir d’achat aux actifs ». Si la plupart des indépendants en bénéficieront, les fonctionnaires n’auront en revanche aucun gain de ce côté, seulement des compensations. Quant aux retraités, environ 60 % d’entre eux devraient voir leur CSG augmenter.

>> Qui seront les gagnants et les perdants de la hausse de la CSG ? 

Cette « bascule » - qui se fera en deux temps l’année prochaine - fera qu’un salarié payé au Smic devrait gagner environ 130 euros de plus en 2018. Le bénéfice s’élève en même temps que le salaire – un salarié payé 2.200 euros net verra son pouvoir d’achat amélioré de 500 euros – jusqu’à un plafond : les très hauts revenus seront pénalisés par cette mesure, la CSG pesant fortement sur le capital. Mais selon l’OFCE, cet impact négatif est largement compensé par l’instauration du PFU (voir paragraphe précédent).

Suppression de la taxe d’habitation : Les classes moyennes visées

Autre promesse de campagne de l’ex-candidat Emmanuel Macron, la suppression de la taxe d’habitation touchera « 80 % des ménages » français. Elle sera mise en œuvre sur trois ans, et coûtera trois milliards d’euros à l’État en 2018. D’après l’évaluation faite par l’OFCE, cette mesure représente à terme un gain moyen de 325 euros pour un ménage. En « découpant » les ménages français suivant leur niveau de vie (voir graphique), on remarque que ce sont les « classes moyennes » qui bénéficieront le plus de cette mesure, les ménages à faibles revenus étant déjà exonérés totalement ou partiellement de la taxe d’habitation.

Conclusion de Pierre Madec, économiste à l’OFCE : « Quand on regarde l’ensemble des mesures proposées dans le programme présidentiel, elles sont clairement au bénéfice des ménages les plus riches ». Un point de vue qui n’est pas partagé par Olivier Rozenfeld, président du cabinet Fidroit : « Il serait réducteur de considérer que les plus riches sont nécessairement les gagnants, affirme-t-il à 20 Minutes. Depuis des années, ils ont été matraqués fiscalement. Il faut prendre en compte le surcoût lié notamment au dernier quinquennat ». Florent Pagny n’a plus qu’à se décider.