Paris-Madrid, en voiture, avec un seul plein

AUTO Notre reporter, au volant d'une voiture familiale, a tenté l'expérience...

Christophe Joly

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Rallier Paris-Madrid avec un seul plein? Soit 1270 km avec seulement 65 litres. A l'heure ou environnement et prix du carburant préoccupent l'automobiliste, le défi titille. L'invitation émane d'Audi. Une belle occasion pour la marque de montrer que sa nouvelle A4, familiale, dôtée de TDI 143 chevaux est aussi sobre qu'un chameau. Et ce alors qu'en face BMW fait assaut d’arguments techniques convaincants: auto-stop, récupération d'énergie au freinage et tutti quanti. Evidemment, c'est tentant.

Rendez-vous est pris au petit matin, en semaine: 7 h pour un départ à 7h15, histoire de ne pas être englué dans les bouchons parisiens.


7h10: Patrice Viaud, en charge des questions techniques au service de presse Audi France, donne quelques consignes, sachant qu'il a réussi à dépasser Madrid de 20km. En quelques mots, conduite souple, pas de surrégime (plutôt même du sous-régime, 1500 tours/minute), optimisation des passages de vitesse (aidé par un indicateur), régulateur de vitesse, à couper dans les descentes. Les intégristes pourront couper la clim. Et attention, le défi commence dès le premiers mètres, chaque goutte compte. Les six voitures au départ sont identiques: A4 Ambition Luxe 2,0 TDI 143 ch. Le plein fait avec un gasoil haut de gamme et pression de pneus pour un trajet autoroutier. Avec un élément en plus. Un ruban adhésif sur la trappe à carburant qui fait office de scellé. Pas question de tricher.


7h20. Le contact est mis, mon copilote, Patrick Jarnoux, journaliste à Paris-Match, prend le volant. Vingt minutes plus tard nous arrivons déjà sur l'A10. La chance est avec nous côté circulation. La météo est aussi de notre côté. Temps clair et sec, la pluie étant source de surconsommation. Première étape: Roulle Saint-Estèphe, près d’Angoulême. Heure d'arrivée théorique indiquée par le GPS: 12h45. Ce n'est parce que l'on doit consommer le moins possible que l'on doit rouler comme un escargot. Dès les premiers kilomètres l'œil est attiré de façon irrépréhensible par l'ordinateur de bord et la consommation instantanée, on ne peut s'en détourner.

9h07.
161 km parcourus à une vitesse comprise entre 90 et 110 km/h. Nous roulons plutôt au rythme des camions et nous faisons doubler par un nombre incalculable de voitures. Nous avons coupé l'alerte de survitesse réglée à 100 km/h. Ses bips intempestifs sont vraiment trop agaçants. La consommation moyenne reste bloquée à 5,2 l/100 km de moyenne. C'est tout de même un demi-litre de gagné depuis le départ. Il s'agira désormais de jouer avec le relief, d'optimiser les descentes et de toujours s'imaginer avec un œuf sous la pédale d'accélérateur.

10h45. Après 250 km, changement de volant. C'est à mon de tour de jouer avec les œufs. Nous sommes passés à 5,1 l/100 km de moyenne. Objectif: passer sous la barre des 5,0 l/100km. Il sera atteint sur la nationale 10, malgré une alternance de côtes et de descentes. Là, il faut composer avec les camions, qui soient collent et font des appels de phares (malgré les 90 réglementaires), soit mettent un temps pas possible à doubler et se rabattent sous votre nez. Faisons fi de ces désagréments, la récompense est au bout: l'autonomie indiquée est de 810 km. Nous avons parcourus 463 km à une moyenne de 89 km/h.


14h
. Après un café et un essai bref de la supersportive R8 (420 chevaux, histoire de se dégourdir le pied droit), c'est l'heure de reprendre le volant vers San Sebastian, en Espagne. A savoir 344 km à parcourir en quatre heures. Un membre de l'équipe Audi nous conseille de ne pas dépasser les 90 km/h pour tenir. Les meilleurs de nos confrères en sont à une consommation moyenne de 4,7 l/100 km. Certains roulent même rétroviseurs extérieurs rabattus, histoire de limiter la pénétration dans l'air.

15h37. Nous passons le cap des 600 km et sommes presque à mi-parcours. La jauge indique qu'il nous reste presque 3/4 des 65 litres de carburant. Sinon, il fait chaud dehors (17°5 c) et dedans (nous mettons la clim au minimum). La route défile tranquillement, les routes longilignes des Landes s'ouvrent à nous. Avec des camions, toujours des camions, encore des camions. A 90 km/h, on roule soit trop vite, soit trop lentement. J'aimerais avoir un message lumineux sur la lunette arrière: je dois faire Paris-Madrid avec un seul plein! Entre-temps, nous sommes passés à 4,8 l/100 km de moyenne. Et c'est cela qui compte.

18h07.
Nous arrivons à l'hôtel à San Sebastian, à l'issue de 806 km depuis Paris. Nous sommes les premiers, sans mérite, nous sommes partis les premiers. L'autonomie annonce 580 km, il nous reste 464 km à parcourir. La consommation est descendue à 4,7 l/km. Nous pourrons difficilement faire mieux, mais le pari peut-être gagné.

Le lendemain
9h50. Grand bleu, soleil, 20° C. Le bonheur…Direction Madrid. La partie est serrée, nous sommes tous dans un mouchoir de poche, tant en terme de consommation que d'autonomie annoncée. Chacun se prend au jeu. Mauvaise nouvelle pour rejoindre l'autoroute, il nous faut passer par le centre-ville. Une catastrophe, confirmée. A la sortie de la ville, nous sommes à 5,7 l de moyenne. Le moral en prend un coup, l'angoisse monte. D'autant que la jauge descend vite, trop vite. Sachant que désormais il faut attaquer la montagne. Une côte à 8% annonce la couleur.


13h37
. Stop à Lerma pour déjeuner, dans un magnifique monument transformé en hôtel. Nous avons enchaîné côtes et descentes, descentes et côtes à une altitude moyenne de 900 mètres, peu favorable à la consommation en raison de la raréfaction de l'oxygène. Il nous reste 229 km ou 199 km à parcourir, selon le trajet que nous choisirons. Avec notre confrère nous décidons d'emblée d'opter pour le plus long, quitte à faire les choses autant les faire jusq'au bout. D'autant que les chiffres plaident pour nous: 4,8 l/100 km de moyenne et 320 km d'autonomie annoncée.


15h40. Dernière étape avant l'arrivée. Sauf que depuis les règles du jeu ont changé. Le point de rendez-vous est fixé avant, à une station-service à 30 km avant Madrid. Non pas pour faire le plein, mais pour décider du gagnant. Car à la surprise générale, et d'Audi en tête, les voitures peuvent parcourir en moyenne 150 km de plus que prévu initialement. Au moment de couper le contact, nous sommes à une moyenne de 4,6 l/100 km et l'ordinateur indique qu'il nous reste 140 km d'autonomie. Et ce alors que nous avons roulé pendant 1242 km depuis Paris. Soit, en théorie, un total de 1382 km jusqu'à la panne sèche.

Nous terminons cinquième des six voitures engagées avec une moyenne réelle de 4,6 l/100 km. La meilleure équipe n'a consommé que 4,45 l/100 km. Paris-Madrid, avec un plein, c'est donc possible et largement. Avec une réserve: si le parcours a été varié, alternant ville, routes nationales et autoroutes, de campagne et de montagne, la vitesse moyenne n’est pas réaliste. Reste donc à reproduire le parcours en situation réelle, comme dans la vraie vie.