Renault/Nissan: Macron prévient que l'Etat n'est pas un actionnaire «au rabais»

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Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron à l'Elysée le 27 octobre 2015 à Paris
Le ministre de l'Economie Emmanuel Macron à l'Elysée le 27 octobre 2015 à Paris — ALAIN JOCARD AFP

Le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, s'est défendu mardi de chercher à déstabiliser l'alliance entre les constructeurs français Renault et japonais Nissan, tout en prévenant que l'Etat français n'était pas un actionnaire «au rabais».

«Nous tenons à l'alliance Renault-Nissan. Elle est essentielle à la réussite» de Renault, a assuré le ministre qui s'est employé, devant les Assises de l'industrie, à expliquer le rôle de l'Etat. Tantôt en rappelant l'histoire de la marque au losange, tantôt en maniant l'ironie, voire en rejetant sèchement certains arguments.

M. Macron a d'abord replacé l'alliance entre les deux constructeurs dans le contexte de sa création en 1999 à un moment où le groupe japonais se trouvait en difficulté.

«Renault a pris des risques, a investi son argent pour aller soutenir ce groupe. Nissan va mieux aujourd'hui et nous devons tous nous en féliciter, c'est notre force collective», a-t-il estimé, avant de préciser que l'Etat avait une participation de 40% à l'époque dans Renault, deux fois supérieure à celle d'aujourd'hui.

L'Etat, descendu ces dernières années à environ 15%, est remonté au printemps dernier à 19,7% du capital du groupe au losange, pour faire appliquer la loi «Florange» lui assurant des droits de vote doubles, une offensive qui a bouleversé le subtil équilibre entre les deux partenaires et qui n'a pas été du goût de Carlos Ghosn, le patron du groupe.

«Rappeler les faits, la réalité de ce qu'est l'alliance, de son texte constitutif (...), rappeler que l'Etat avait 40% à ce moment-là, et qu'aujourd'hui nous avons 15%, c'est montrer qu'il n'y a pas de déstabilisation de l'alliance de notre part», a souligné le ministre, en assurant que l'Etat reviendrait bientôt à ce niveau, sans toutefois donner de délai. La montée au capital est «momentanée» et le gouvernement retrouvera «la position initiale, c'est-à-dire les 15,01% que l'Etat avait dans Renault avant cette opération», a-t-il répété.

«Lorsque nous avons conclu l'alliance, nous avions 40% de Renault, que l'on n'aille pas me raconter des histoires», s'est emporté M. Macron, en défendant la «légitimité» de l'Etat à disposer de votes doubles, en tant qu'actionnaire de long terme. «Je crois que nous sommes actionnaires dans Renault depuis 1945, ce qui doit correspondre à peu près à la notion d'actionnaire de long terme», a-t-il ironisé.

- «des avantages énormes» -

«Le problème, ce n'est pas la participation de l'Etat. Ce sont les votes doubles», a expliqué à l'AFP un industriel du secteur, convaincu que M. Macron «a joué aux allumettes et introduit un élément de remise en cause de l'équilibre initial de l'alliance». «La demande de rééquilibrage était attendue, mais Nissan a profité de l'intervention de l'Etat pour relancer le débat», a assuré le même industriel.

Les deux parties sont liées par des participations croisées: Renault détient 43,4% de Nissan, et ce dernier 15% du français, sans droits de vote. Or, le groupe japonais pèse aujourd'hui en Bourse 42 milliards d'euros contre 17,6 milliards pour la marque au losange.

Ces dernières semaines, les rumeurs ont enflé sur la possibilité que Renault passe sous la barre des 40% de Nissan, afin de débloquer les droits de vote du japonais chez Renault, voire que Nissan monte au capital de son partenaire pour contrer l'influence de l'Etat.

Et lundi, Nissan s'était dit «inquiet» de la montée de l'Etat français au sein du capital de son partenaire Renault, tout en refusant de commenter les rumeurs de projets de «rééquilibrage» de l'alliance.

Hiroto Saikawa, directeur de la compétitivité de Nissan, avait exprimé publiquement ses doutes en présentant les résultats semestriels du groupe. «L'Etat français a désormais un poids plus important, du point de vue de Renault c'est un problème important, et pour nous, Nissan, c'est un motif d'inquiétude», avait-il déclaré.

Dans un entretien à la fin octobre avec l'AFP, le PDG de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, avait réaffirmé l'importance de l'alliance entre les deux constructeurs. «Les avantages sont énormes des deux côtés, donc s'il y a une priorité pour tout le monde, c'est bien de sauvegarder cette alliance», a-t-il déclaré.