La BCE va racheter de la dette publique

ECONOMIE La bourse parisienne a fini en hausse ce jeudi après la nouvelle...

Mathieu Bruckmüller
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Le sauvetage de l'euro va impliquer partout des pertes de souveraineté nationale difficiles à gérer sur le plan politique, comme le montre le cas de la Grèce où cette situation a conduit à la convocation d'un référendum à haut risque.
Le sauvetage de l'euro va impliquer partout des pertes de souveraineté nationale difficiles à gérer sur le plan politique, comme le montre le cas de la Grèce où cette situation a conduit à la convocation d'un référendum à haut risque. — Daniel Roland afp.com

Les investisseurs ont poussé un grand «ouf» de soulagement après la conférence de presse du patron de la Banque centrale européenne. A l’issue de la réunion mensuelle de l’institution de Francfort, jeudi, il a annoncé qu’elle allait intervenir sur le marché de la dette alors que certains pays comme l’Espagne doivent payer des taux d’intérêt très élevés, compliquant sérieusement le redressement de leurs finances publiques obtenu à coup de plans de rigueur.

Les marchés euphoriques

Résultat, à Paris, le CAC grimpait de près de 3%. De son côté, la monnaie unique s’emballait contre le dollar. Une réaction quelque peu disproportionnée selon l’économiste Marc Touati. Pour le patron du cabinet ACDEFI et auteur de Quand la zone euro explosera, «la BCE a juste gagné un peu de temps». Si elle a éteint provisoirement l’incendie, elle ne s’attaque pas au cœur du problème: l’absence de croissance sur le vieux continent. En effet, la BCE a décidé de maintenir ses taux d’intérêt à 0,75%. Pour être vraiment efficace, elle aurait dû les baisser pour donner un peu de souffle à une machine économique ralentie. Un tel geste aurait ainsi permis  aux banques de se refinancer dans de meilleures conditions pour continuer à financer les entreprises comme les ménages à des taux attractifs. En optant pour le statu quo, la BCE briderait ainsi l’activité avec le risque d’augmenter encore le chômage. Une analyse réfutée par Christian Jimenez, président de Diamant Bleu Gestion. Il estime plutôt que la BCE se garde des cartouches pour les mois à venir. En effet, elle a divisé par deux sa prévision de croissance dans la zone euro pour 2013 à seulement 0,5%.

Malgré tout, le directoire de la BCE a réussi à aller au-delà des réticences allemandes qui voient ce programme de rachat de dettes d’un très mauvais œil. Berlin veut à tout prix éviter que cette aide amène les pays bénéficiaires à différer l’assainissement de leurs finances publiques et conduise, in fine, à une hausse de l’inflation en raison de cette injection de liquidités. C’est pourquoi la BCE s’est résignée à deux concessions qui ont leur importance.

La peur de l’inflation

Avant toute intervention de sa part, il appartiendra aux pays auxquels les investisseurs demandent des primes de risques élevées, de demander d’abord l’aide au pare-feu de la zone euro, le FESF. Charge à ce dernier  d’imposer des conditions de restructuration drastiques. Autre élément: l’argent utilisé par la BCE pour acquérir des obligations sera «stérilisé». «Il n’y aura aucun euro supplémentaire dans le circuit monétaire», résume Christian Jimenez. Tout risque d’inflation est donc écarté. L’Allemagne, qui depuis la deuxième guerre mondiale a une peur bleue de la hausse des prix, peut en théorie être rassurée. «Pas tant que ça», nuance Christian Jimenez.

En effet, le 12 septembre, la cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe rendra sa décision sur la légalité du fonds de secours permanent de la zone euro, le Mécanisme européen de stabilité (MES) qui prendra la suite du FESF, tout comme sur le pacte budgétaire signé fin juin par François Hollande à Bruxelles qui prévoit la fameuse règle d’or. Berlin ne peut le ratifier sans ce feu vert. Or, pour Christian Jimenez, la décision de la BCE pourrait être perçue par les juges comme un coup de canif dans l’orthodoxie budgétaire allemande. Et du coup les inciter un peu plus à refuser d’entériner la légalité de l’ensemble du dispositif. On le voit, dans tous les cas, la crise de la zone euro a encore de beaux jours devant elle.

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