Fin de la défiscalisation des heures supp': «Les perdants, c'est nous, les salariés»

TRAVAIL Reportage dans une petite entreprise touchée par le rétablissement des charges...

Céline Boff

— 

Lucien Brossard, PDG de Conseil RH, va débourser plus, «pour ne pas créer d'insatisfaction».
Lucien Brossard, PDG de Conseil RH, va débourser plus, «pour ne pas créer d'insatisfaction». — V. WARTNER / 20 MINUTES

«Je vais gagner moins et payer plus d'impôts. C'est la bonne nouvelle de la rentrée.» Avec la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires, Anouck, 33 ans, perdra en septembre 180 euros net. «Pour les impôts, je n'ai pas encore chiffré», soupire-t-elle. «Les vrais perdants, c'est nous, les salariés», peste Tony, 37 ans, son chef. Tous deux travaillent à Conseil RH, une boîte de 12 salariés nichée à Croissy-sur-Seine (Yvelines). Leur patron, Lucien Brossard, ne décolère pas. «Le gouvernement prétend que les TPE ne sont pas touchées, c'est faux. Certes, je vais conserver mon exonération de 1,50 euro par heure, mais j'aurais préféré que mes salariés gardent leur avantage.» Ici, tout le monde est aux 39 heures. Et perdra en moyenne 60 euros net sur son prochain salaire.

«Ça va me revenir cher»

«C'est une société familiale, je ne me vois pas revendiquer des choses auprès de mon patron… Mais j'espère qu'il aura l'idée de compenser cette perte», risque Anouck. «Comment voulez-vous que je fasse autrement ? Je ne peux pas leur dire : “Eh ben oui, la loi change... Dommage pour vous !” Je suis contraint de leur maintenir ce supplément, et comme il est chargé, ça va me revenir encore plus cher. Je vais débourser 1.100 euros de plus, juste pour ne pas créer d'insatisfaction», soupire le patron. Depuis le 1er août, les heures sup sont à nouveau soumises à l'impôt sur le revenu.

Mais le véritable changement surviendra samedi, quand elles ne seront plus exonérées de charges. Les neuf millions de salariés qui bénéficiaient de ce dispositif verront en moyenne leur pouvoir d'achat amputé de 500 euros par an. Mais pour Michel Sapin, ministre du Travail, c'est la bonne mesure «Nous supprimons un encouragement nocif pour l'emploi, ce qui nous permettra de financer les emplois d'avenir.» Selon l'Observatoire français des conjonctures économiques, cette réforme devrait permettre la création ou la sauvegarde de 17 900 emplois, et ce, malgré la baisse de pouvoir d'achat des salariés bénéficiant auparavant des heures sup.