Thibault Lanxade : «Génération 35 heures, jeunesse décapante»

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Interview de Thibault Lanxade, dirigeant de la société Gazinox. Auteur, avec Sophie Girardeau, de Génération 35 heures.

Peut-on parler aujourd'hui d'une génération 35 heures ?

C'est ce que j'observe dans l'entreprise que je dirige. Aujourd'hui, toute une génération de jeunes professionnels entre sur le marché du travail avec, pour seule référence, la semaine de 35 h. Et je constate chez eux un nouveau rapport au travail.

Comment le définiriez-vous ?

Cette génération considère que l'investissement dans l'entreprise donne des droits : avancements, revenus, etc. Ce qui les rend très exigeants. S'ils sentent que ce n'est pas le cas, ils ne s'investissent pas.

Ce changement d'attitude ne découlerait-il pas plutôt d'un chômage de masse et de longue durée ?

Lorsque je suis entré sur le marché du travail, il y a dix ans, le taux de chômage était presque le même... Ce sont vraiment les 35 heures qui ont obligé la collectivité à repenser son rapport au travail dans le sens d'un rééquilibrage entre vie privée et vie professionnelle. Cette génération a très bien intégré que le travail n'était pas toute la vie.

Quelles difficultés cela pose-t-il en termes de management ?

C'est décapant. C'est une génération qui n'hésite pas, par exemple, à remettre en cause l'autorité lorsqu'elle la juge illégitime. Là où cela peut poser problème, c'est avec d'autres générations de salariés qui peuvent avoir du mal à comprendre. Moi-même, j'ai écrit ce livre après avoir fait l'expérience du fossé qu'il pouvait y avoir entre certains de mes salariés et moi.

Quelles sont les qualités de cette génération ?

Ils sont imaginatifs et créatifs. Mais l'entreprise a avant tout une mission économique et ne doit pas sortir de son rôle.

Recueilli par Marine Hardouin