Immobilier: Pourquoi faut-il se méfier des marchands de listes

ETUDE Les vendeurs de listes d’annonces de logements ne sont pas des agents immobiliers. Les chercheurs se font régulièrement avoir par ces «coquilles vides», selon l’UFC…

Bertrand de Volontat
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Trouver son logement, une périlleuse galère
Trouver son logement, une périlleuse galère — G. Varela / 20 Minutes

Sur le papier, il s’agit d’un métier légal. Les vendeurs de listes sont des professionnels qui mettent à disposition de leurs clients des listes de logements censés correspondre à leurs critères de recherche. Des listes qu’ils ont eux-mêmes trouvées dans des journaux ou sur le Web et qu’ils s’approprient. Aucune annonce n’est ainsi exclusive. Ils disposent même d’une carte professionnelle mais ne sont pas des agents immobiliers. Dans une enquête auprès de 18 points de vente dans 11 villes, l’UFC Que Choisir met au jour les contradictions et les pièges que peut receler cette profession.

Le paiement préalable illégal

Les vendeurs de listes doivent disposer d’un mandat écrit du propriétaire pour proposer le logement. C’est leur seule obligation et seul but. Pourtant, aux yeux de l’UFC  ils ne vérifient pas forcément les informations et proposent ensuite une description souvent floue à leur client. Ces acteurs du marché peuvent même parfois tenir des propos trompeurs. Ils proposent des biens non-conformes ou indisponibles au moment de la prise de connaissance de la liste. Ainsi, les critères de surface minimum, géographiques voire plus précis ne sont pas respectés. Pire encore, le loyer proposé peut être 50% supérieur à celui désiré.

Enfin, la demande de paiement préalable, dès la signature du contrat et avant même d’avoir vu une liste, est illégale au regard d’une ordonnance du 1er juillet 2004. Les marchands de listes ne peuvent légalement demander de l'argent qu'après l'exécution de leur obligation, c'est-à-dire la fourniture de la liste de biens. Ils justifient le paiement par des prestations comme les visites, l’état des lieux, la signature du bail, qu’ils ne fourniront jamais contrairement à des agences mandatées. Une amende pour un paiement préalable –qui constitue un délit– s’élève à 150.000 euros. Une somme suffisante pour faire tomber un point de vente.

L’UFC précise d’ailleurs qu’il ne faut pas dire «agence» mais bien «point de vente». La confusion va même jusque dans leur publicité, gratuite sur des sites comme leboncoin.fr, ou glissée dans les rubriques réservées aux agents immobiliers. «Les marchands de listes masquent leur activité réelle (simple remise de liste) pour se présenter comme des agents immobiliers», prévient l’UFC.

Des biens indisponibles 24h après l’achat de la liste

Alors pourquoi les pouvoirs publics n’agissent-ils pas? «Il est difficile d’apporter la preuve de l’escroquerie», explique Alain Bazot, président de l’UFC Que Choisir. L’objectif des vendeurs de listes n’est pas de fournir des biens aux clients mais de transmettre ceux qu’ils ont en stock. De plus, «elles disparaissent aussi vite qu’elles apparaissent», ajoute-t-il.

La ligne reste fine entre les deux professions. Ces vendeurs ou marchands de listes comme les surnomme l’UFC Que Choisir, en profitent auprès de leurs clients crédules et pressés de mettre fin à leur recherche de logement. Notamment les étudiants durant les mois de juin, juillet et septembre. Et l’achat d’une liste représente en moyenne un tiers de leur budget mensuel. Une montagne, sachant qu’une fois achetée, cette liste ne garantit pas le résultat (les vendeurs de listes n’ont de toute façon qu’une obligation de moyen, NDLR).

Quelle est donc la valeur ajoutée de ces agences? Sur ces listes mêmes, bien souvent, le nombre de biens est faible, les biens pertinents le sont encore moins. Cerise sur le gâteau, le marché du gratuit propose plus d’annonces de biens pertinents dans 89% des cas.

L’annonce reste même souvent référencée dans la liste alors que le bien est déjà loué depuis plusieurs jours, et ce même si le vendeur de liste a été prévenu. «Ils trouvent leurs annonces dans les journaux, le temps qu’ils les transfèrent dans leurs listes, ces annonces sont déjà obsolètes car elles ne sont pas exclusives», explique Frédéric Blanc, juriste chez UFC.

Le marché devrait tuer l’activité

«La DGCCRF doit agir. Il y a eu une première salve de répressions menée par Benoist Apparu en 2010 mais son action est restée sans suite. Nous allons proposer des paragraphes dans les projets de loi de la consommation de Benoît Hamon ou dans celui du logement de Cécile Duflot», affirme l’UFC. L'association a d'ores et déjà porté plainte contre 13 enseignes spécialisées dans la vente de listes d'annonces de locations d'appartement pour «pratiques commerciales trompeuses».

«Notre but n’est pas d’interdire les vendeurs de listes car cette activité tombera d’elle-même sous l’effet des lois du marché», conclut le président. En effet, payer pour une absence de service et pour disposer de listes de biens gratuites en ligne finira par en agacer plus d’un.

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