Une rentrée taille patron pour le gouvernement

POLITIQUE Après les mots durs prononcés pendant la campagne, l'Elysée et Matignon affichent aujourd'hui leur volonté d'apaisement...

Claire Planchard
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Les réprésentants de l'Afep reçus à l'Elysée le 23 juillet 2012.
Les réprésentants de l'Afep reçus à l'Elysée le 23 juillet 2012. — THOMAS SAMSON / AFP

Finis les gros bras, place à la main tendue? Après les déclarations chocs («mon véritable adversaire, c’est le monde la finance») et le matraquage fiscal (tranche de 75% de l’impôt sur les revenus, alourdissement de l’ISF, etc.), François Hollande et Jean-Marc Ayrault veulent aujourd’hui «normaliser et apaiser les relations» avec les grands patrons, selon un proche du chef de l’Etat.

Un Premier ministre socialiste au Medef

Premier signe de ce changement : l’heure n’est plus aux rencontres en catimini à l’Elysée. Jeudi, c’est très officiellement que  François Hollande a reçu douze patrons du bureau  exécutif de l’Afep (Association française des entreprises privées), présidée depuis juillet par Pierre Pringuet, directeur général de Pernod Ricard.

Autour de la table, de grandes pointures comme Gérard Mestrallet, le patron de GDF Suez ou encore Paul Hermelin de Cap Gemini. Et au menu des discussions, les grands thèmes économiques de la rentrée, de la fiscalité à la compétitivité en passant par crise de la zone euro. Un rendez-vous qui pourrait devenir régulier, comme c’est le cas en Allemagne.

Initiative encore plus symbolique, mercredi, c’est le Premier Jean-Marc Ayrault , entouré de pas moins de huit ministres ; qui donnera le coup d’envoi mercredi de l’université d’été du Medef à Jouy-en-Josas (Yvelines). Une première pour un chef de gouvernement socialiste.

Dialogue réchauffé plutôt que renoué

L’exécutif qui affiche en public sa proximité avec les syndicats et n’a pas hésité à taper du poing sur la table, notamment dans le dossier PSA, serait-il en train de retourner sa veste? Interrogée jeudi soir sur France 2, la présidente du Medef Laurence Parisot a minimisé le revirement. «Le dialogue n’a jamais été rompu. Certes nous avons  des désaccords et des positions divergentes sur certains sujets mais nous sommes tous pragmatiques et capables d’essayer de trouver la vous de l’intérêt de tous». 

Officiellement, pas de surprise non plus, du côté de la Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises (CGPME): «La visite de Jean-Marc Ayrault au Medef est tout à fait logique et normale, après sa visite le 28 juin dernier à "Planète PME"», explique son président Jean-François Roubaud. «Le dialogue n’a jamais été rompu depuis la campagne et le gouvernement parle toujours d’aider les PME. Mais j’attends des décisions concrètes et il faudrait arrêter d’augmenter les prélèvements», ajoute-t-il.

«Un discours anti-patron malsain en filigrane»

Sur le terrain, le discours des patrons est un peu moins policé. «C’est très important de cajoler les grandes entreprises parce qu’elles ont une grande force d’investissement, mais ce n’est pas là qu’on créera de l’emploi. C’est dans les entreprises intermédiaires difficilement délocalisables», s’agace Frédéric Bedin, ancien président du réseau de dirigeants d’entreprises Croissance Plus et patron de Public Système Hopscotch qui emploie 500 personnes. «Aujourd’hui le gouvernement ne s’y intéresse pas tellement et il y a en filigrane un discours anti-patron très malsain et angoissant. Or des entrepreneurs inquiets ce sont des entrepreneurs qui n’embauchent pas et qui n’investissent pas»,  lance-t-il.

Derrière cette volonté de dialogue affichée, le bras de fer serait donc loin d’être terminé. Beaucoup de grands patrons français penseraient même tout bas ce que le PDG du géant des produits de grande consommation Unilever a osé dire tout haut en début de semaine dans une interview au Figaro: en clair, si le gouvernement poursuit sa politique fiscale et ses pressions sur les plans sociaux, les multinationales iront investir ailleurs qu’en France. «Mais c’est plus facile à dire quand on est le patron d’un groupe anglo-néerlandais», concède Frédéric Bedin.