Allemagne: Les banques délaissent la spéculation agricole

avec AFP

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L'envolée des cours des matières premières agricoles s'est répercutée en juillet sur les prix alimentaires mondiaux qui ont grimpé de 6%, selon les chiffres de la FAO, alors que la sécheresse sévit dans les principaux pays producteurs.
L'envolée des cours des matières premières agricoles s'est répercutée en juillet sur les prix alimentaires mondiaux qui ont grimpé de 6%, selon les chiffres de la FAO, alors que la sécheresse sévit dans les principaux pays producteurs. — Joël Saget afp.com

Les instituts de crédit allemands renoncent les uns après les autres à certaines activités jugées spéculatives, sur les marchés agricoles, en réponse aux critiques grandissantes dans l'opinion publique qui risquent d'affecter leur image. La grave sécheresse qui a sévi cet été aux Etats-Unis et en Russie a fait exploser les prix mondiaux des céréales, ravivant le débat sur la responsabilité de la finance dans un phénomène qui frappe les plus pauvres.

«Les spéculateurs sur les Bourses de contrats à terme investissent précisément maintenant dans les matières premières agricoles pour profiter de la hausse des prix. Un jeu cynique», critique ainsi l'ONG allemande Foodwatch sur son site internet. «Cela peut drastiquement tirer à la hausse les prix des denrées alimentaires et entraîner des famines dans les pays pauvres. Nous disons: halte à ce jeu immoral», s'écrie encore l'ONG.

Les banques allemandes jouent un rôle mineur sur les marchés agricoles

Sous pression, la deuxième banque allemande Commerzbank, les banques régionales LBBW et LBB et la banque d'investissement des caisses d'épargne DekaBank ont annoncé ces derniers mois qu'elles cessaient d'investir dans des fonds agricoles ou à en proposer elles-mêmes à leurs clients. Deutsche Bank, la première banque allemande qui cristallise les passions dans le pays, avait annoncé en mars qu'elle n'allait pas lancer cette année de nouveaux produits boursiers sur les produits agricoles de base, tout en maintenant son offre existante en la matière, gérée par son fonds DWS.

«Nous ne pouvons pas conseiller nos clients (sur les matières agricoles) en ayant la conscience tranquille. Parce que les médias et la classe politique pensent actuellement que cela contribue à la hausse des prix», déplore Eugen Weinberg, chef analyste des matières premières chez Commerzbank. «Même si nous ne sommes pas de cet avis, pour des questions d'image nous ne voulons pas que (nos produits) soient assimilés à de la spéculation», explique-t-il.

Cependant les banques allemandes jouent un rôle mineur sur les marchés agricoles. Les grandes banques d'investissement comme les britanniques Barclays ou HSBC sont beaucoup plus actives, comme des fonds spéculatifs, des assureurs et encore davantage les entreprises agricoles elles-mêmes, selon des spécialistes du secteur. Les producteurs de grandes cultures utilisent en effet des contrats à terme pour se prémunir contre les variations souvent élevées à court terme des cours agricoles, en fixant plusieurs mois à l'avance les prix de leurs futures récoltes.

Un biocarburant peu apprécié des automobilistes allemands

«Cela pourrait être très contre-productif d'interdire aux banques d'investir dans les matières agricoles», met en garde Thorsten Polleit, ancien chef économiste Allemagne de Barclays Capital, aujourd'hui chef économiste de la société de commerce de métaux précieux Degussa Goldhandel. «Les entreprises agricoles auraient des difficultés à financer leurs investissements», ce qui ferait encore augmenter les prix, selon Polleit.

La recherche scientifique est divisée sur un éventuel lien de cause à effet entre les Bourses agricoles et la hausse des prix alimentaires. «La plupart des études concluent que les investisseurs ne sont pas à l'origine des mouvements des prix mais qu'ils renforcent la tendance, à la hausse comme à la baisse», dessinée en fonction de l'offre et de la demande, explique Manfred Schöpe, spécialiste du secteur agricole à l'institut IFO de Munich (sud). Et sur le long terme d'autres facteurs influencent les prix agricoles, comme l'accroissement de la population mondiale, des changements d'habitudes alimentaires à grande échelle ou la raréfaction des terres cultivables.

Le ministre allemand du Développement Dirk Niebel a profité de la polémique sur la flambée des cours agricoles pour proposer dernièrement d'interdire la vente du biocarburant E10, au motif que sa production se ferait aux dépens des ressources pour l'alimentation humaine. Mais ce biocarburant est surtout peu apprécié des automobilistes allemands, car ils redoutent qu'il nuise... à leur moteur.