La France en récession: Quels impacts pour votre portefeuille?

Mathieu Bruckmüller

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Bourses en berne 
Bourses en berne  — Petros Giannakouris/AP/SIPA

C’est un gros mot dont le nouveau pouvoir se serait bien passé. Mais la récession est aux portes de l'Hexagone. Elle pourrait frapper dès le troisième trimestre, selon la Banque de France (BdF) qui s'attend à un recul de 0,1% du produit intérieur brut (PIB) entre juillet et septembre, après le repli sur les trois mois précédents. Six mois de contraction de l’activité égale récession, chez les économistes. Ce serait une première depuis le premier semestre 2009.

Une sombre perspective qui contraste avec celle de l'Insee qui tablait fin juin sur un léger rebond du PIB (+0,1%) au troisième trimestre, après une croissance nulle sur les deux premiers. Elle rendra d’ailleurs mardi prochain son estimation pour le deuxième trimestre.

Confiance en berne

Malgré cette querelle de chiffres, «c’est la preuve qu’il y a un problème et il risque de jouer sur la confiance des ménages», note l’économiste Philippe Crevel. De mauvaise augure alors que la consommation, premier moteur de la croissance patine (-0,2% au deuxième trimestre), sous le coup notamment des hausses d’impôts répétées: 19 milliards avec les deux plans Fillon d’août et novembre 2011 et 7,5 milliards avec le dernier collectif budgétaire approuvé fin juillet par les parlementaires.

A cette occasion, le gouvernement a ramené ses prévisions de croissance à 0,3% en 2012 et environ 1,2% pour 2013, contre 0,4% et 1,7% attendus auparavant. Un ralentissement qui complique sérieusement son équation budgétaire, dont l'objectif, est d’atteindre 3% de déficit public l’an prochain contre à 4,5% à la fin de cette année.

Baisse des rentrées fiscales

«Le souci majeur d’une récession est la diminution des rentrées fiscales pour l’Etat», explique le secrétaire général du Cercle des épargnants. Et de devoir encore augmenter la pression sur les ménages et les entreprises. Déjà pour 2013, la Cour des comptes préconisent 33 milliards de hausses d’impôts ou d’économies supplémentaires pour atteindre les 3% de déficit. En filigrane se dessine le risque d’un scénario à la grecque ou à l’espagnole avec toujours plus d’austérité pour réduire les déficits entraînant une nouvelle contraction de l’activité. Un cercle vicieux délétère: «Il ne faut pas que l’assainissement tue la bête», plaide Philippe Crevel.

Même si le gouvernement s’en défend pour l’instant, un relèvement de la CSG, dans le budget de 2013, pourrait intervenir. Une hausse d’un point rapporterait 11 milliards d’euros aux caisses de l’Etat.

Trappe à austérité

Dans un récent rapport, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) dénonçait cette politique d’austérité qui ne fait que «briser la reprise de l’activité et progresser le chômage». Selon lui, le taux de chômage pourrait dépasser la barre des 11% dès 2014. D’après ses calculs, cette stratégie coûterait alors plus de 160.000 emplois en cinq ans au pays, soit 20 plans sociaux comme celui de PSA.

Des chiffres alarmants qui devraient inciter les ménages à mettre des sous de côté pour les mauvais jours. Dans ce contexte, le livret A restera, à court terme, le produit d’épargne préféré des Français. La collecte nette (dépôts moins retraits) a encore progressé en juin, pour atteindre 11,17 milliards d'euros, depuis le début de 2012, un rythme qui pourrait faire de cette année l'un des meilleurs crus. Mais le mouvement risque de ne pas durer. Les particuliers pourraient bien avoir besoin de piocher dedans pour payer les hausses d’impôts à venir.