Une femme examine différentes offres de crédits à la consommation
Une femme examine différentes offres de crédits à la consommation — DURAND FLORENCE/SIPA

CONSOMMATION

Vers la suppression du crédit revolving?

Les garde-fous ne sont pas suffisants selon le gouvernement...

Alors que le nombre de dossiers de surendettement déposé en 2011 a atteint les 232.000 (+6% en un an), et que plus de quatre crédits renouvelables sont présents en moyenne dans chacun d’entre eux, le nouveau gouvernement réfléchit à la suppression pure et simple du crédit revolving, ou tout le moins à un meilleur encadrement. En effet, la loi Lagarde de 2010, qui avait déjà mis en place des garde-fous, se révèle insuffisante. Dans un entretien accordé au Journal du dimanche, Benoit Hamon, ministre délégué chargé de l’Economie sociale et solidaire et de la consommation déplore que le crédit renouvelable, ou revolving, «prospère sur le dos du consommateur et l’entraîne dans la spirale du surendettement. Dans des cas extrêmes, il met des familles à terre et brise des vies».

Des «résultats affligeants»

En effet, une étude réalisée en avril dernier par l’UFC-Que Choisir a mis en lumière des «résultats affligeants». Sans exiger la fin du crédit renouvelable, l’association demande aux vendeurs de proposer aux clients une offre alternative via un prêt classique. Une absence qui l’a amenée à déposer plainte auprès du Tribunal de grande instance de Paris contre cinq établissements de crédit (Sofinco, Financo, Cetelem, Cofidis et Cofinoga). Cinq de ses antennes locales ont fait de même contre des magasins des groupes Carrefour, But, Fly et Cora pour «défaut d'offre alternative».

«Les propositions directes de crédit renouvelable baissent (36%), mais 78% d’entre elles ne font l’objet d’aucune offre alternative de crédit amortissable contrairement à ce qu’exige la loi. Pour obtenir un «X fois sans frais» ou un amortissable, crédits désormais prépondérants (respectivement 70% et 40%), les consommateurs doivent s’équiper encore et toujours d’une carte magasin, sur laquelle se trouve dans 75% des cas un crédit renouvelable. La fidélité est donc plus que jamais le cheval de Troie du renouvelable.

Absence d’étude de solvabilité

Au final, dans près de trois cas sur quatre, le consommateur ressort toujours avec du renouvelable», pointe l’UFC qui demande aussi à ce que la solvabilité de l’emprunteur soit exigée pour tout prêt à partir de 1.000 euros. Dans son enquête, elle constatait que malgré les exigences légales, «dans 85% des cas, il n’y a aucune étude sérieuse de la solvabilité du client (93% en 2009). La situation professionnelle du client (emploi/chômage, CDI/CDD) n’est demandée au client que dans 33% des cas.» 

Une série de dysfonctionnements, en plus de taux d’intérêt pratiqués très élevés (17,5% en moyenne), qui a amené la législation impulsée par la désormais patronne du FMI à être actuellement évaluée par la Banque de France. A l’issue de cet examen et en concertation avec les acteurs, le ministre prendra sa décision, mais pour l’instant, «nous n’avons pas encore tranché». 

Ne pas brider la consommation

Il faut dire que le gouvernement marche sur des œufs dans cette affaire. S’il venait à enterrer définitivement le crédit renouvelable, il risque de brider encore un peu plus la consommation qui a déjà reculé au deuxième trimestre. «Moraliser le crédit n’est pas le tuer!», plaide Benoit Hamon avant de reconnaître: «la consommation des ménages, qui est le dernier moteur de la croissance après les exportations et les investissements des entreprises, est à son tour en train de se gripper.»

Sans compter que le crédit renouvelable est devenu une industrie à part entière. «Le revolving, introduit en France dans les années 1960 par les Galeries Lafayette, s’est développé avec des challengers agressifs comme Cofidis. La demande a explosé dans les années 80. Et les banques s’y sont mises. Aujourd’hui, il est surtout utilisé par les Français qui n’ont plus accès au crédit classique», rappelle Hélène Ducourant, une sociologue interrogée par le JDD. Crise oblige, le secteur n’est pas épargné par les plans sociaux. Après les 400 suppressions d’emploi annoncées par Cofinoga (au début de l’année, Sofinco et Finaref ont confirmé 213 départs. «Entre consommation et emploi, Benoît Hamon devra choisir», résume le JDD.