Jacques Nikonoff, président d’Attac, dresse l’état des lieux du mouvement altermondialiste

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Le G8 – les sept pays les plus riches et la Russie – se réunit à partir de dimanche, à Evian. Qu’attendez-vous de ce sommet et du contre-sommet de cette semaine, à Annemasse ? Jacques Nikonoff : L’enjeu, c’est de faire cesser les politiques appliquées depuis vingt-cinq ans. Le G8 avait promis le plein-emploi, la croissance économique, la stabilité financière, le combat contre la criminalité financière, l’annulation de la dette des pays pauvres... On voit le résultat. Le G8 est illégitime et ses politiques ont été nuisibles aux peuples de la planète. Il faut le supprimer. Avec d’autres ONG, Attac a été reçue par Jacques Chirac. Avez-vous l’impression d’être mieux entendus ? Absolument pas. Une seule chose nous intéresse : les résultats, pas les mots. Le G8 n’est qu’une machine à promesses. Nous n’avons aucune raison de croire que ça va changer. La taxe Tobin et l’annulation de la dette ne sont même pas à l’ordre du jour du sommet. Il faut surmonter les tabous de la propagande libérale, qui veut nous faire pleurer sur le sort des multinationales. Lors de son congrès de Dijon, le PS a promis de mettre la barre à gauche. Comptez-vous sur son soutien ? Nous souhaitons parler avec tout le monde. Mais il faut que les positions des uns et des autres soient claires. Sur les retraites, le Parti socialiste n’a pas évolué depuis qu’il n’est plus au pouvoir. Où est le coup de barre à gauche ? Justement, le débat français sur les retraites pourrait éclipser votre contre-sommet... Les retraites ne sont pas une affaire nationale, elles sont directement liées à la mobilisation libérale. L’offensive a été lancée par la Banque mondiale, qui privilégie l’assurance privée, pour les retraites comme pour la santé. Les luttes sociales en France, en Autriche ou en Italie sont liées aux politiques élaborées dans des lieux comme le G8. Notre manifestation du 1er juin, entre Annemasse et Genève, s’inscrira dans la continuité des manifestations françaises pour la défense des retraites. On ne parle plus d’antimondialisation, mais d’altermondialisation. Un premier succès pour vous ? Ce changement d’image correspond à un changement que nous avons opéré sur nous-mêmes. Nous avons commencé par dire « non », puis, au fur et à mesure, nous avons ajouté à ce refus des propositions alternatives et nous nous sommes appelés nous-mêmes « altermondialistes ». Mais pour le grand public, les sommets de Seattle ou de Gênes restent surtout liés à des scènes de violence... Nous condamnons toutes les violences, qu’elles viennent de la police ou de manifestants plus ou moins manipulés par la police, comme c’était le cas à Gênes. Nous avons pris des dispositions et tous ceux qui commettraient des actes de vandalisme ou de violence sont condamnés par avance. Ils ne font pas partie du mouvement altermondialiste. Propos recueillis par François Krug