Trois points de vue sur le commerce équitable par des acteurs différents

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Lire les commentaires du directeur de Max Havelaar France, du co-fondateur d'Ethiquable et de la directrice d'Azimuts :

Victor Ferreira, directeur de Max Havelaar France (marque privée qui labellise les produits d¹autres entreprises de commerce équitable)

"Max Havelaar est une association à but non lucratif dont la mission est de lutter contre la pauvreté dans les pays du Sud à travers le commerce. D'un côté, nous apportons notre expertise aux producteurs, de l'autre, nous vendons un label qui certifie que le produit a été fabriqué dans certaines conditions. Par exemple, pour le café, un prix minimum est fixé, qui est généralement supérieur à celui du marché. Autre exemple, une prime est payée en plus pour financer des investissements économiques et sociaux. Mais le prix ne suffit pas. Pour que ces exploitations puissent vivre, elles doivent vendre suffisamment. En nous alliant à la grande distribution, nous souhaitons leur apporter ces débouchés. Dans le même esprit, nous les aidons à s'organiser et améliorer la qualité de leurs produits. Ce n¹est pas une recette miracle, c'est une démarche pragmatique qui a fait ses preuves depuis vingt ans".


Christophe Eberhart, co-fondateur d¹Ethiquable (produits alimentaires)

"J'ai fondé Ethiquable avec deux amis il y a trois ans. Nous avions tous connu le commerce équitable au cours de missions dans l'humanitaire, et constaté ses effets positifs sur les familles dans les pays pauvres. Pour nous, la seule limite tenait à la faiblesse des volumes vendus et nous voulions contribuer au changement d'échelle qui se produit depuis plusieurs années. Nous essayons aussi d'implanter toutes les étapes de la fabrication dans ces pays, au lieu d'acheter la seule matière première. Par exemple, notre riz, notre quinoa et notre café soluble sont emballés sur place. Nous avons décidé de travailler avec Max Havelaar car c¹est essentiel pour nous d¹avoir un cahier des charges et un contrôle externe. Ce système déplaît peut-être à certains mais il est le plus important du commerce équitable, aujourd¹hui. Il faut expliquer au gens que Max Havelaar fonctionne, que ses inspecteurs vont dans tous les pays".


Valérie Delamérie, directrice d'Azimuts (vêtements)

"La création d'Azimuts remonte à 1995. Nous refusons de travailler avec la grande distribution et Max Havelaar parce que nous avons une définition exigeante de l'équité. Dans les grandes surfaces, les emplois sont moins nombreux que l'on croit et ils ne sont ni intéressants ni valorisés. Nous préférons vendre dans des boutiques où le personnel est compétent et mieux payé. Quant à Max Havelaar, nous considérons que leur démarche était bonne au départ mais qu¹elle a été récupérée. Notre activité permet vraiment aux producteurs de sortir de la misère. Nos vêtements sont fabriqués avec du coton biologique cultivé en Inde puis préparé, coupé et cousu au Népal. Nous maîtrisons les salaires pour chaque stade, sauf la teinture, mais nous allons le faire. Et contrairement à la plupart des chartes de commerce équitable, nous garantissons un salaire minimum à tous ceux qui travaillent pour nos producteurs. Nous menons aussi une bataille constante pour vérifier que les conditions de travail des femmes sont satisfaisantes. Aujourd¹hui, c'est effrayant de voir des entreprises estampillées « commerce équitable » sans en faire, ou si peu. C¹est pour cela que nous avons publié nos comptes sur www.commerce-transparent.fr  . Le consommateur peut tout y vérifier : nos coûts, nos marges, les salaires, et se faire une idée lui-même. Finalement, le seul maillon qui nous échappe, c'est le transport. Je pense que c'est un obstacle insurmontable pour tout le monde.

Recueilli par Angeline Benoit