Un an et demi après le printemps arabe, où va l’économie tunisienne?

Mathieu Bruckmüller

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Des milliers de Tunisiens célèbrent le premier anniversaire de la chute de Ben Ali, le 14 janvier 2012 à Tunis.
Des milliers de Tunisiens célèbrent le premier anniversaire de la chute de Ben Ali, le 14 janvier 2012 à Tunis. — SIPA

La Révolution de Jasmin a porté un coup d’arrêt à l’activité économique tunisienne et 18 mois plus tard, l’horizon ne s’éclaircit guère. Alors que la croissance avait atteint 3,6% en 2010, elle s’est repliée de 1,5% l’an dernier. «Dans un contexte de récession en Europe, principal partenaire commercial de  la Tunisie, auquel s’ajoute une transition politique qui demande forcément du  temps, l’année 2012 sera difficile en termes de croissance, de finances publiques et par conséquent d’accès au financement», notent Kévin Bouvaud-Victoire et Jésus Castillo, économistes chez Natixis.

L’Europe tousse, la Tunisie trinque

En effet, 75% des produits exportés par la Tunisie sont achetés par l’Union européenne. Sur les quatre premiers mois de l’année 2012, les principales industries manufacturières accusent un net ralentissement «et ce, alors que les taux de croissance auraient dû accélérer en contrecoup de la révolution de 2011», expliquent les experts de Natixis. Elles ne peuvent pas compter, non plus, sur la consommation des ménages qui patine en raison d’un taux de chômage toujours très élevé (18,1% en février 2012) et d’un ralentissement de l’offre de crédit.

Un contexte difficile qui a incité le président tunisien Moncef Marzouki, en visite en France jusqu’à ce soir, et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault de lancer un groupe d'impulsion économique. Objectif: aider la transition en cours en renforçant l'implication des entreprises françaises. «L'idée est d'aller vite car les autorités tunisiennes veulent montrer à la population que la révolution débouche sur des résultats concrets», a fait valoir Matignon. Plus de 1.200 entreprises françaises sont déjà installées dans ce pays, et, selon le ministère de l'Economie, les échanges commerciaux ont en 2011 atteint 7,6 milliards d’euros.

En attendant, la demande extérieure fébrile et le marché domestique atone ne vont pas inciter les investisseurs étrangers à se précipiter en Tunisie. «La défiance reste importante quant aux évolutions futures et au risque d’instabilité politique perçue encore comme non négligeable. Toutefois, les secteurs liés à l’énergie et aux matières premières seraient peut-être ceux qui pourraient connaître une "normalisation" plus rapide en raison de l’attractivité stratégique de ces secteurs», avancent Kévin Bouvaud-Victoire et Jésus Castillo.

Tourisme en berne

En revanche, le tourisme risque d’être fortement affecté par la défiance des investisseurs en raison de la forte baisse du nombre de visiteurs étrangers dans le pays. En effet, il n'a pas encore retrouvé sa vigueur d'antan. En 2011, les recettes touristiques ont baissé de 33% et les flux d'Européens ont chuté de 41%. «On est passés de 7 millions de visiteurs au total en 2010 à 4,8 en 2011. Et 3.500 emplois directs ont été perdus dans le secteur. Pour 2012, on espère parvenir à 6 millions de visiteurs», expliquait récemment Elyes Fakhfakh, le ministre du Tourisme de passage à Paris. Pour l’avenir, l’objectif est ambitieux: 10 millions d'entrées à l'horizon de 2016, avec à la clé 8 milliards de dinars (environ 4,1 milliards d'euros) de recettes.

Malgré tout, certains observateurs sont inquiets, comme l’agence de notation Standard & Poor's qui a récemment dégradé la note de la dette tunisienne. Une mauvaise nouvelle qui risque de renchérir les coûts de financement au moment même où le déficit budgétaire devrait atteindre les 6% en 2012.

Malgré tout, le pays peut en théorie compter sur les aides internationales promises en mai 2011 lors du sommet de Deauville afin de relancer sa machine économique. Une enveloppe de 40 milliards de dollars avait été annoncée aux pays du printemps arabe. Si une infime partie de cette somme a été versée, les Etats-Unis ont signé le 8 juin un accord pour garantir à la Tunisie de pouvoir lever 400 millions de dollars à des taux proches de celui des taux américains.