Conférence sociale: La «flexisécurité» en toile de fond

DEBAT Le Medef souhaite que la flexisécurité tienne le haut des débats de la conférence sociale mais les autres syndicats restent dubitatifs sur ce que recouvre exactement ce concept...

Céline Boff
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Laurence Parisot, la patronne des patrons, arrive à la conférence sociale le 9 juillet
Laurence Parisot, la patronne des patrons, arrive à la conférence sociale le 9 juillet — CHAMUSSY/SIPA

Sur le compte du Medef, ça a été le premier tweet de la journée. Pour l’organisation patronale, «le premier signe de succès de la conférence sociale serait que le Premier ministre incite les partenaires sociaux à ouvrir une négociation sur l’emploi et le marché du travail pour avancer en termes de flexisécurité».

Si ce mot n’apparaît pas directement dans le programme de l’événement, il est pourtant omniprésent. Les partenaires sociaux ont en effet prévu d’évoquer les questions de la sécurisation des parcours, de l’accompagnement des mobilités entre emplois, de l’indemnisation des demandeurs d’emploi, de la formation continue… Bref, de discuter de tout ce qui constitue au final les éléments de la flexisécurité, dont le concept se résume par permettre à l’entreprise de se séparer plus facilement de son salarié, tout en renforçant l’accompagnement du travailleur.

Dans certains pays nordiques, cela se traduit par un financement très fort de la formation des demandeurs d’emploi et par la hausse non seulement du montant de leur indemnisation chômage, mais également de sa durée.

Le mot n’est pas tabou

Le débat fait sourire Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT, qui insiste: «Une protection de haut niveau, ça se finance…» Avant de détailler sa position: «La flexisécurité, ce n’est pas un mot qui nous dérange. En outre, des mesures peuvent être sécurisantes sans être flexibles, par exemple garantir au salarié de ne pas perdre tous ses acquis en changeant d’entreprise faciliterait la mobilité.»

Pour l’Unsa également, le mot n’est pas tabou: «Est-il acceptable ou pas, lorsqu’une entreprise est en difficulté, d’accepter des baisses de salaires ou des hausses du temps de travail? Ces questions-là ne nous font pas peur, car dans les faits, cela se passe. Mais il faut des garanties pour les salariés.»

Si la flexisécurité est le cheval de bataille du Medef, il n’est pas celui de toutes les organisations patronales, comme en témoigne la réaction de Jean Lardin, président de l’Union professionnelle artisanale (UPA): «Simplifier le licenciement d’un salarié en lui garantissant davantage de sécurité, cela peut avoir du sens. Mais pour nous, artisans, avec nos entreprises qui ont en moyenne 4 salariés, la question n’est pas de savoir comment se séparer de nos employés, mais au contraire comment les maintenir dans nos TPE.»

La rupture conventionnelle collective

Si les syndicats ne semblent pas hostiles au dialogue sur ce thème, ils sont en revanche très remontés contre l’idée d’étendre la rupture conventionnelle au niveau collectif. Ce que défend depuis plusieurs jours Laurence Parisot, la patronne du Medef: «En 2008, nous avons fait un grand pas en matière de flexisécurité avec l'invention de la rupture conventionnelle. Il faut inventer quelque chose d'équivalent sur le plan collectif, c'est-à-dire dans l'hypothèse où une entreprise doit faire des ajustements d'effectifs ou des restructuration.»

Pour les syndicats de salariés, c’est clair: le patronat souhaite ainsi se désengager de ses obligations en termes d’accompagnement des salariés, ce qu’imposent actuellement les plans sociaux. La CGT ne souhaite même pas en discuter: «La rupture conventionnelle collective, c’est niet. Le droit du travail doit s’appliquer, point barre.» 

«Depuis la création du dispositif en 2008, 850.000 ruptures conventionnelles ont été signées, dont 20% ont concerné les seniors. Il est temps de faire un bilan. L’outil a-t-il répondu aux objectifs, quelles ont été les dérives et comment les corrige-t-on? Voilà la priorité avant de lancer les débats sur un élargissement au niveau collectif», insiste Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC. Et de poursuivre: «Par ailleurs, si les ruptures conventionnelles collectives étaient autorisées, il est clair que les grandes entreprises seraient les plus concernées par le dispositif. Donc notre position est simple: si l’objectif est d’augmenter les rémunérations des dirigeants ou les dividendes des actionnaires, c’est non. Mais le sujet peut être abordé, à condition que le patronat soit prêt à entrer dans un véritable mécanisme de juste retour pour les salariés.»