Mort du minitel: Retour sur ces millionnaires d'un autre millénaire

INFORMATIQUE Au début des années 1980, de jeunes entrepreneurs montent dans la locomotive de la révolution franco-française, le minitel, et créent leur fortune très rapidement. Parmi eux, Xavier Niel...

Bertrand de Volontat

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Des publicités pour le minitel rose dans les années 1980-1990
Des publicités pour le minitel rose dans les années 1980-1990 — SOULIMAN/SIPA

Le minitel est mort mais sa descendance est assurée à travers ceux dont il a initié les fortunes. Si l’informatique a donné aux Etats-Unis et au monde Bill Gates ou Steve Jobs, le minitel hexagonal a créé Xavier Niel, Louis Roncin ou encore Claude Perdriel.

Le créneau porteur du minitel rose

Le 30 juin, France Télécom mettra fin à Télétel, vieux de trente ans. Les très rémunératrices messageries roses sont celles qui ont le plus séduit, à l’image de «3615 Aline» de Claude Perdriel, l’actuel président du groupe du Nouvel Observateur. Qui sont ces millionnaires français des années 80?

Louis Roncin. Quoi? Les codes roses les plus célèbres «3615 Ulla» et «Cum» mais aussi les horoscopes«testez-vous» les «évaluez votre salaire», et l'information professionnelle, comme le «3617 Verif», la célèbre banque de données sur les bilans d'entreprises. Qu’est-il devenu? Courtier en ligne, il fera migrer ses services minitel (cum.fr, serecontrer.com, ulla.com, verif.com) sur l'Internet, au sein de son groupe AGL, éditeur digital.

Thierry Ehrmann. Quoi? Il débute avec un service d'informations économiques et politiques payant sur minitel. Il fait néanmoins fortune, sans surprise, avec P999 et P111, deux services de messagerie rose. Qu’est-il devenu? Sculpteur, il organise des expositions de renom dans sa fameuse Demeure du Chaos (DDC), dans le Rhône. Il met en bourse, en 2000, 18% de sa base de données sur le marché mondial des œuvres d'art et lève plusieurs dizaines de millions d'euros.

Pierre-François Grimaldi. Quoi? Créateur de iBourse et de iBazar. Il avait imaginé Téléstore qui a compté jusqu'à 350 codes télématiques payants, le 3615. Il proposait des services de boîte aux lettres comme «3614 Chez», transformé sur le Web en chez.com. Qu’est-il devenu? Il encaisse 100 millions d'euros pour la vente de chez.com, 260 millions d'euros pour iBourse et pour iBazar (les deux cédés à EBay).

Henri de Maublanc. Quoi? Avant  de créer en 1986 Politel qui dégage quinze millions de francs de revenus la première année puis 100 millions en 1987, il est associé à Claude Perdriel (voir ci-dessous). Qu’est-il devenu? Il crée le réseau de fleuristes sur l'Internet, les chaînes de magasins de fleurs Aquarelle et Au nom de la rose. Il développe en outre des services de conseil.

Claude Perdriel. Quoi? Avec Henri de Maublanc, il lance «3615 Jane» et «3615 Aline». Celui qui pianote Aline, ou n'importe quel code débutant par 3615, est ponctionné de 1 franc (15 centimes d'euros) la minute, via sa facture de téléphone. L'opérateur reverse la moitié du butin à l'éditeur du service. Ils donneront naissance aux «3615 Maud», «Vega, «Money»: rencontres, jeux, astrologie, pronostics. Qu’est-il devenu? Il est aujourd’hui président du groupe Perdriel, à la tête du groupe de presse Nouvel Observateur. Il serait à la tête d'une fortune de 150 millions d'euros.

Eric Peyre. Quoi ? En 1989, Jet Multimédia. Né lui aussi avec le minitel rose, l'opérateur a géré jusqu'à plus d'un millier de sites Minitel. Qu’est-il devenu? Jet Multimédia mis en bourse a fait l'objet d'une OPA de 850 millions d'euros. Peyre reprend fin 2011, le pôle Web du groupe Comareg, propriétaire notamment de paruvendu.fr, à la barre du tribunal de commerce de Lyon pour 1,8 million d’euros.

Xavier Niel. Quoi? Au lycée puis en prépa, il crée des petits services roses qui lui rapportent. Devenu «l’homme du peep show», il rachète en 1991 Fermic Multimédia, un éditeur de services de Minitel rose et le rebaptise… Iliad. Il lance notamment «3617 Annu», le premier annuaire inversé, permettant de retrouver le nom d'un abonné via son numéro de téléphone. Qu’est-il devenu? On ne le présente plus. Il se lance dans l'accès à l'Internet. Il crée Free, un fournisseur d'accès devenu véritable opérateur télécom, avec le succès qu’on lui connaît à ce jour. On le dit à la tête de plus de deux milliards d’euros. 

>> Vous avez eu un Minitel? Quel souvenir en gardez-vous? Quels codes (3615) utilisiez-vous? Racontez-nous dans les commentaires ou écrivez-nous à reporter-mobile@20minutes.fr