Sommet européen: Des remous dans la croissance

CRISE L'Espagne et l'Italie veulent attendre la fin du Conseil européen avant d'approuver le pacte pour la croissance défendu bec et ongles par François Hollande...

De notre envoyée spéciale à Bruxelles, Céline Boff

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 François Hollande lors de sa conférence de presse au sommet européen de Bruxelles, dans la nuit du 28 au 29 juin 2012.
 François Hollande lors de sa conférence de presse au sommet européen de Bruxelles, dans la nuit du 28 au 29 juin 2012. — Michel Euler/AP/SIPA

Ça a été le coup de théâtre de la soirée. Si tout s’était passé comme prévu, François Hollande aurait dû arriver triomphant devant les journalistes pour leur annoncer que son pacte pour la croissance avait été approuvé par les 27. C’est bien ce qu’il a dit, d’ailleurs, mais avec une nuance. Et de taille: l’Italie et l’Espagne, qui ont pourtant participé à l’élaboration de ce pacte, ont refusé de le valider… avant la fin du Conseil européen.

Un chantage italien et espagnol?

Ces pays attendent, détaille François Hollande, «que le sommet ait donné tous ses résultats avant de se prononcer, mais je sais que ce n’est pas cette partie-là qui fait difficulté». Le président a raison. Madrid et Rome ne sont pas opposés le moins du monde à ce pacte. Mais refuser de l’approuver était à leurs yeux le seul moyen de contraindre les 27, et surtout les 17 pays de la zone euro, à prendre davantage en considération leurs problématiques. C’est-à-dire leurs conditions de financement. Car ces deux pays empruntent aujourd’hui à des taux d’intérêts extrêmement élevés. Et ce, malgré les réformes structurelles très fortes qu’ils ont engagées.

Et si l’Espagne comme l’Italie ont ainsi tapé du poing sur la table, c’est parce qu’ils ont l’impression que l’Europe est trop tournée vers son avenir, et ne prend pas suffisamment en compte l’urgence de leurs situations. Alors, ce revirement est-il un coup de poignard dans le dos François Hollande? Le président assure qu’il en était informé: «Mario Monti et Mariano Rajoy m’avaient prévenu de leurs positions», dit-il.

Mais certains analysent déjà ce retournement comme du chantage, voire comme une prise en otage de la croissance. François Hollande joue lui l’apaisement. Il a répété à plusieurs reprises qu’il comprenait la position de ses partenaires. «Chantage, ce n’est pas le mot, je connais leurs difficultés», a affirmé le président, ajoutant que «c’est grâce à leurs interventions que nous avons commencé à parler dès à présent [dans la nuit de jeudi à vendredi, NDLR] des mesures de soutien et d’urgences possibles».

Elles seront à trouver, estime le président, dans les dispositifs et traités actuels. Vendredi, les discussions se poursuivent cette fois-ci avec les 17 pays de la zone euro. C’est évident: l’Espagne et l’Italie ne se contenteront pas de jouer les seconds rôles. Quitte à créer de nouveaux coups de théâtre…