Dans une Birmanie en ébullition, la Banque centrale en quête d'indépendance

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Trois mois après la modernisation de sa devise, la Birmanie poursuit les réformes économiques à marche forcée: sa Banque centrale est désormais en quête d'indépendance, une réforme majeure pour rassurer les investisseurs quant à la stabilité monétaire du pays.
Trois mois après la modernisation de sa devise, la Birmanie poursuit les réformes économiques à marche forcée: sa Banque centrale est désormais en quête d'indépendance, une réforme majeure pour rassurer les investisseurs quant à la stabilité monétaire du pays. — Soe Than Win afp.com

Trois mois après la modernisation de sa devise, la Birmanie poursuit les réformes économiques à marche forcée: sa Banque centrale est désormais en quête d'indépendance, une réforme majeure pour rassurer les investisseurs quant à la stabilité monétaire du pays.

La Banque (Central Bank of Myanmar, CBM) fait l'objet d'une réforme qui devra passer devant le parlement alors que le nouveau pouvoir tente de se débarrasser des structures héritées d'un demi-siècle de pouvoir militaire.

"La loi sur la CBM devrait être amendée pour être plus pertinente, dans un système avec une banque centrale indépendante", a expliqué Maung Maung Win, un des deux gouverneurs adjoints de l'institution, dans un entretien à l'AFP.

Mais "l'indépendance ne peut pas nous être accordée immédiatement car la banque a besoin de répondre à certaines exigences, en particulier sur le plan des infrastructures".

"Si nous atteignons la stabilité monétaire, les investisseurs pourront venir dans notre pays avec un plus grand sentiment de confiance", a-t-il ajouté.

La réforme est une nécessité pour transformer la Birmanie en économie de marché. La faiblesse de la banque est "au coeur des problèmes monétaires de la Birmanie", estime en effet Sean Turnell, économiste à l'université Macquarie de Sydney. "Lui accorder l'indépendance sera une révolution".

"Autonomie opérationnelle"

La CBM doit notamment embaucher un nombre important de nouveaux personnels qui devront être formés aux lois de la haute finance. Et elle s'est déjà mise en quête de partenaires étrangers, signant même récemment un accord de coopération technique avec son homologue thaïlandaise.

Dans un rapport publié en mai, le Fonds monétaire international (FMI) avait noté que la CBM était un simple département du ministère des Finances alors qu'elle devrait être dotée d'une "autonomie opérationnelle totale", avec "l'objectif prioritaire clairement défini de la stabilité des prix".

Mais le Fonds avait aussi reconnu que le pouvoir s'abstenait désormais de faire fonctionner la planche à billets pour financer les déficits. L'inflation, après un inquiétant 33% en mars 2008, est tombée à 4,2% sur un an en mars, selon ses analystes.

Sur son site internet, la CBM explique que son principal objectif est de "maintenir la stabilité macroéconomique tout en faisant la promotion de l'épargne domestique".

Elle revendique en particulier d'utiliser à cet effet son taux d'intérêt directeur, actuellement à 10%. Mais Turnell relève que la fixation de ce taux n'a rien à voir avec une véritable politique monétaire.

"Ils gardent les taux aussi bas que possible afin de réduire le coût du financement du déficit. Les taux d'intérêts ne forment pas actuellement un outil disponible de gestion monétaire".

Le président Thein Sein, qui a succédé à la junte en mars 2011 et a depuis multiplié les réformes politiques, a annoncé il y a quelques jours que le pays entamait une "deuxième phase de réformes" centrée sur l'économie.

La seule transformation majeure dans ce domaine était intervenue en avril, lorsque le pays avait adopté un système de change flottant contrôlé, désormais affiché chaque jour sur le site internet de la CBM. Une étape essentielle pour relancer une économie paralysée par la cohabitation de multiples taux de change.

Au menu du parlement ces prochains mois figure aussi une loi très attendue sur les investissements. Elle prévoit notamment une exemption fiscale de cinq ans pour les investisseurs étrangers, contre trois aujourd'hui, et devrait autoriser les étrangers à prendre le contrôle en totalité d'entreprises locales.

En attendant, les Birmans constatent progressivement combien les discours se traduisent dans les faits. Depuis quelques semaines, des distributeurs automatiques de billets ont fait leur apparition à Rangoun.