Paris: Mobilisation géante pour soutenir les salariés d'Aulnay devant PSA

Oihana Gabriel

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Le 28 juin 2012, les salariés et ouvriers des usines PSA Peugeot Citroën  de France d'Espagne et d'Allemagne manifestaient devant le siège de PSA  avenue de la grande armée à Paris.
Le 28 juin 2012, les salariés et ouvriers des usines PSA Peugeot Citroën de France d'Espagne et d'Allemagne manifestaient devant le siège de PSA avenue de la grande armée à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Des sifflets, des ballons et des drapeaux mais une ambiance morose. Ce jeudi, des centaines de salariés du groupe PSA-Peugeot-Citroën venus d’Aulnay, de Mulhouse, de Poissy, de Saint-Ouen, de Caen, de Sochaux et même de Madrid ont manifesté sous les fenêtres du siège social du groupe automobile, dans le 16e arrondissement de Paris. «Assassins PSA!», hurlent certains. «Solidarité avec les travailleurs de PSA! Non à la fermeture de PSA Aulnay», affichent d’autres salariés. Certains délégués syndicaux sont ressortis de la réunion avec la direction sans information précise, mais avec une inquiétude encore accrue. Le constructeur va devoir prendre de nouvelles mesures d'économies et annonce la tenue d’un comité central extraordinaire avant la fin juillet.

Les salariés du groupe automobile l’entendent comme une confirmation que l’usine d’Aulnay (en Seine-Saint-Denis), qui compte 3.000 CDI et 300 intérimaires, devra fermer ou se reconvertir en 2014. Mais que d’autres sites sont aussi menacés. Selon Xavier Lellasseux, représentant du syndicat CFDT chez PSA, «on nous dit que les nouvelles mesures demanderont des efforts aux salariés, on en déduit qu'elles auront un impact sur l'emploi, que la fermeture d'Aulnay va être annoncée, mais qu'il y aura aussi des annonces sur d'autres sites industriels et tertiaires.»

Un délégué de FO a indiqué que PSA allait annoncer vendredi en comité d'entreprise une réduction de la capacité de production à la rentrée à Poissy (Yvelines) -pour passer de 52 à 35 Peugeot 208 à l'heure- dans le cadre du rééquilibrage avec les sites de Trnava, en Slovaquie, et de Mulhouse (Haut-Rhin).

L’annonce de la fermeture d’Aulnay en juillet se précise

En tout cas dans les rangs de salariés de PSA, le doute n’existe plus. «En général, quand ils organisent un comité central extraordinaire, ce n’est pas pour parler du menu de la cantine, mais pour annoncer des informations importantes et des consultations, insiste Jean-Marie, salarié du centre technique de Vélizy (Yvelines). La production de voitures va certainement s’arrêter à Aulnay mais le site peut être reconverti vers de nouvelles activités, la recherche et développement, des centres de formation…»

«L’ambiance n’est pas très joyeuse à l’usine, confirme Virginie, qui travaille sur le site d’Aulnay depuis seize ans. On est convaincus que ça va fermer. On voit des collègues qui partent tout le temps. Il y a seize ans, quand je suis arrivée on était 7.000, aujourd’hui on est 3.000. Et ils nous poussent à chercher du travail ailleurs avec des pôles emploi sur le site. Les gens sont découragés, ils vont ailleurs parce qu’ils ont des maisons à payer ou des enfants à nourrir. On attend le comité avec impatience, au moins on aura une nouvelle. On espère un miracle mais on voit bien comment l’usine tourne… Moi j’habite près d’Aulnay et j’ai un fils. Si je dois aller travailler à Poissy ou Saint Ouen ça fait des déplacements en plus, des frais aussi avec le prix du carburant et donc moins de temps pour la vie de famille.»

Si fermetures et délocalisations sont sur toutes les lèvres ce jeudi matin, beaucoup se disent déterminés à défendre leurs emplois. «On ne partira pas avec des clopinettes, assure au micro une syndicaliste d’Aulnay. Ils y a des milliers de familles en jeu. Ils nous parlent de surcapacité à Aulnay mais demain ça sera Rennes.»

«Une désindustrialisation de la France»

Au micro, les responsables syndicaux se relaient, laissant même la parole à des discours en espagnol et en allemand. «L’an dernier, la direction a estimé que le document révélé par la CGT était un document de travail et caduque», scande Bruno Le Merle, secrétaire général CGT pour PSA. Depuis, la direction nous ballade sans donner la moindre réponse. En même temps, elle a mis en œuvre le plan comme nous l’avions annoncé. Aujourd’hui le fait que la direction dise que le comité central exceptionnel se tiendra fin juillet, à la veille des vacances, ça veut dire qu’ils ont peur de vous.»

«Annoncer la fermeture en juillet, c’est intéressant car les gens ont la tête ailleurs à quelques jours des vacances. C’est une bonne période pour annoncer une mauvaise nouvelle», ironise Pascal, venu de Tremery en Moselle.

«On est déterminés à ne pas crever au chômage», crie au micro Jean-Pierre Mercier de la CGT. Aujourd’hui on est en droit de demander à Philippe Varin [président de PSA] de réagir, de convoquer une réunion la semaine prochaine pour expliquer comment il compte mettre tout en œuvre pour ne pas fermer l’usine d’Aulnay.»

Et dans la foule, sous les drapeaux des différents syndicats, Bruno, salarié de Poissy, synthétise, avec amertume: «On va droit vers une désindustrialisation de la France… et on prend l’autoroute.»