Le moral dégradé des industriels continue de peser sur la croissance

INDICATEUR Selon l'Insee, l'activité reste mal orientée dans les prochains mois...

© 2012 AFP

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Le moral des industriels est retombé à son niveau du début de l'année et augure d'une activité en berne, au moment où le gouvernement a ouvert la voie à une révision des prévisions de croissance dans l'Hexagone.
Le moral des industriels est retombé à son niveau du début de l'année et augure d'une activité en berne, au moment où le gouvernement a ouvert la voie à une révision des prévisions de croissance dans l'Hexagone. — Alain Jocard afp.com

Le moral des industriels est retombé à son niveau du début de l'année et augure d'une activité en berne, au moment où le gouvernement a ouvert la voie à une révision des prévisions de croissance dans l'Hexagone.

Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), cet indicateur majeur de l'activité économique s'est dégradé en juin par rapport au mois précédent et s'est enfoncé encore un peu plus en-dessous de son niveau moyen sur une longue période.

L'indicateur synthétique du climat des affaires a reculé à 92 points contre 93 points en mai. Il retrouve donc quasiment son niveau de janvier (91 points), alors qu'il avait atteint 98 points en mars.

L'indicateur dit "de retournement" reste pour sa part dans la zone indiquant une conjoncture défavorable, note l'Insee.

"Au vu des perspectives personnelles de production, (...) l'activité resterait mal orientée dans les prochains mois", affirme-t-il.

"Les perspectives générales, qui représentent l'opinion des industriels sur l'activité de l'industrie dans son ensemble, se replient légèrement par rapport au mois précédent et demeurent très en-deçà de leur moyenne de longue période", poursuit l'Insee.

Pendant la crise de 2008, l'indicateur général du moral des industriels s'était nettement enfoncé sous la moyenne des 100 points. Il avait chuté à l'époque jusqu'autour de 70 points, pour ne revenir en territoire positif que fin 2010, puis repasser dans la zone rouge en septembre 2011.

Ces éléments "marquent un retour au niveau bas de janvier, ce qui annule tous les progrès effectués depuis le début de l'année", relève Claire Fallou, économiste chez Natixis.

"La lente remontée attendue de la consommation privée en France en 2012, avec le haut niveau de chômage et une faible demande externe, devrait conduire à une légère baisse de l'investissement au cours des mois à venir et à une faible activité", poursuit-elle.

Seule petite lueur, "l'industrie pourrait reconstituer les stocks et pousser la production industrielle un peu plus haut au troisième trimestre", estime-t-elle.

Cette "publication négative n'augure de rien de bon", abonde Marion Laboure, analyste chez Barclays Capital. "Cela signale des temps difficiles à venir pour le nouveau gouvernement et souligne l'urgence de mettre en place des réformes significatives pour relancer l'économie aussi vite que possible", poursuit-elle.

Pour l'analyste, ces chiffres renforcent l'hypothèse d'un recul de l'activité au cours des trois derniers mois. Barclays Capital a revu à la baisse sa prévision, et s'attend désormais à un recul de 0,1% de l'activité en France au deuxième trimestre et une croissance de 0,4% en moyenne sur l'ensemble de l'année 2012.

Le gouvernement, qui doit présenter début juillet un premier collectif budgétaire, a du reste ouvert la voie à une révision des prévisions de croissance dans l'Hexagone.

Le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, a ainsi indiqué la semaine dernière que le gouvernement était "en train d'ajuster ça", tout en réaffirmant l'objectif de réduire le déficit public à 4,5% du PIB cette année et 3% en 2013. "Nous tiendrons ces engagements", a-t-il assuré.

Le président de la République François Hollande avait bâti son projet et sa promesse de réduction du déficit public sur une hypothèse de croissance de 0,5% cette année, et vise 1,7% en 2013.

La Banque de France, qui s'attendait jusque-là à une croissance nulle au deuxième trimestre, comme au premier, a déjà adapté ses prévisions à la baisse et table désormais sur un recul du produit intérieur brut de 0,1% au deuxième trimestre.

La présidente du Medef, Laurence Parisot, a aussi évoqué une détérioration "frappante" depuis un mois.