Gustav Humbert, un homme de compromis emporté par la crise à EADS

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Plusieurs scénarios ont été évoqués: éviction du coprésident exécutif français Noël Forgeard et du PDG allemand d'Airbus Gustav Humbert, intégration accrue d'Airbus au sein d'EADS, arrivée du PDG de la SNCF Louis Gallois à la tête du groupe, abandon de la direction bicéphale. Sur ce sujet, les Français et les Allemands semblent encore s'opposer.
Plusieurs scénarios ont été évoqués: éviction du coprésident exécutif français Noël Forgeard et du PDG allemand d'Airbus Gustav Humbert, intégration accrue d'Airbus au sein d'EADS, arrivée du PDG de la SNCF Louis Gallois à la tête du groupe, abandon de la direction bicéphale. Sur ce sujet, les Français et les Allemands semblent encore s'opposer. — Roslan Rahman AFP/Archives

Gustav Humbert, 56 ans, qui a démissionné dimanche de la présidence d'Airbus, avait été choisi pour sa réputation d'homme de compromis, mais ses relations s'étaient progressivement dégradées avec son prédécesseur Noël Forgeard.
Avant même les problèmes de l'A380 et de l'A350, cet ingénieur allemand spécialiste des questions de production n'avait pas été épargné par les critiques de M. Forgeard, devenu coprésident français d'EADS, la maison mère d'Airbus.
Les relations entre les deux hommes s'étaient progressivement dégradées. Humbert le discret avait de plus en plus de mal à supporter l'activisme et les ambitions personnelles de son supérieur hiérarchique.
Lors du salon aéronautique de Berlin, au mois de mai, Noël Forgeard avait annoncé seul la refonte complète du programme du long courrier A350, sans prévenir le patron d'Airbus. Gustav Humbert n'avait pas apprécié et l'avait fait savoir.
Né en février 1950, l'Allemand avait pourtant été choisi pour succéder au Français à la tête d'Airbus pour sa flexibilité. "Je n'aime pas claironner en permanence", aime-t-il à répéter.
Titulaire d'un diplôme d'ingénieur de l'université technique de Hanovre et d'une thèse en génie mécanique, M. Humbert a enseigné un an à l'université McGill au Canada avant de rejoindre tardivement le monde de l'entreprise.
Cet homme, qui arbore un fin collier de barbe et des lunettes, avait 30 ans quand il est entré, en 1980, chez l'avionneur allemand Messerchmitt-Bölkow-Blohm (MBB), où il a grimpé progressivement les échelons.
En 1990, il rejoint Airbus où il dirige pendant quatre ans l'usine de Hambourg, deuxième pôle de l'avionneur après Toulouse. C'est là qu'il va gagner ses galons de négociateur habile en ramenant dans le vert le site allemand, chroniquement déficitaire, grâce à un plan social drastique.
Malgré la suppression de plusieurs centaines d'emplois, il parvient à maintenir la paix sociale dans l'entreprise en renonçant aux licenciements secs.
Cet épisode, qui a permis à M. Humbert de gagner la confiance des cadres, des syndicats et des salariés allemands d'Airbus, donne un coup d'accélérateur à sa carrière. En juillet 2000, il est officiellement nommé numéro deux de l'avionneur, avant d'en prendre la présidence en juin 2005 lors du départ de M. Forgeard vers EADS.
"C'était notre meilleur candidat", explique un haut dirigeant allemand d'Airbus. "Il est objectif, efficace et organisé", renchérit un dirigeant de l'Association allemande de l'industrie aéronautique et spatiale (BDLI), dont il a longtemps été le président.