Noël Forgeard, un patron pugnace au destin lié à Airbus

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Noël Forgeard, coprésident d'EADS, proposait d'apporter au rapprochement Alcatel-Thales la société EADS-Astrium afin de créer un "Airbus des satellites" apte à concurrencer les américains Loral Space, Boeing et Lockheed Martin qui détiennent environ 45% du marché mondial des satellites commerciaux (10 milliards de dollars en 2004).
Noël Forgeard, coprésident d'EADS, proposait d'apporter au rapprochement Alcatel-Thales la société EADS-Astrium afin de créer un "Airbus des satellites" apte à concurrencer les américains Loral Space, Boeing et Lockheed Martin qui détiennent environ 45% du marché mondial des satellites commerciaux (10 milliards de dollars en 2004). — Pierre Andrieu AFP/Archives

Noël Forgeard, qui vient de démissionner de la coprésidence d'EADS, est un redoutable batailleur dont le destin était lié depuis longtemps à Airbus, mais aussi un politique proche de Jacques Chirac.
"Ce n'est pas quelqu'un qui se laisse abattre facilement. Il est extrêmement pugnace, c'est un bouledogue qui ne lâche pas", a confié à l'AFP Marwan Lahoud, PDG du missilier MBDA qui l'a côtoyé au début de l'aventure EADS, se souvenant "d'un bon chef de bande".
"Quand Forgeard était chez Airbus, son projet était simple: être numéro un mondial, il y est arrivé. Je ne l'ai jamais vu échouer", dit le patron de MBDA, groupe détenu à 37,5% par EADS.
Mais cette assurance n'est pas du goût de tout le monde. "Noël Forgeard ne dit pas souvent peut-être, mais toujours oui ou non. C'est un homme carré dans ses décisions, sûr de lui, mais qui gagnerait parfois à être plus circonspect", selon Thierry Vuillequez, délégué syndical central CFE-CGC chez Airbus.
Petit-fils de cap-hornier et fils de médecin, Noël Forgeard, 59 ans, polytechnicien et ingénieur des Mines, a évolué dans plusieurs cabinets ministériels, notamment auprès de Jacques Chirac, alors Premier ministre de la cohabitation, comme conseiller aux affaires industrielles entre 1986 et 1987.
Né le 8 décembre 1946 à la Ferté-Gaucher (Seine-et-Marne), ce "Lagardère boy" à l'anglais parfait malgré un accent très "frenchy", a effectué l'essentiel de sa carrière dans le groupe du célèbre patron français Jean-Luc Lagardère.
Il en était devenu le quasi-dauphin en dirigeant la branche Espace et Défense de Matra, avant de prendre les rênes d'Airbus en 1998, aidé notamment par sa proximité politique avec Jacques Chirac.
De 1998 à 2000, il a dû se contenter de vendre des avions - la seule tâche du consortium - depuis le siège d'Airbus à Toulouse, lui qui rêvait d'un véritable groupe industriel, avec des usines et des hommes. Mais la transformation du consortium en Airbus Industries en 2000 lui a permis de redevenir un industriel à part entière.
Le contact avec Lagardère n'a cependant jamais été rompu. Une prémonition: la restructuration de l'aéronautique européenne a conduit au rapprochement d'Aérospatiale et de Matra, préalable à la constitution du géant européen EADS.
Décrit comme charmeur en public, rougissant facilement, Noël Forgeard n'en est pas moins ambitieux et tenace, comme l'a prouvé "la guerre des chefs" qu'il a menée contre Philippe Camus pour prendre la tête d'EADS en 2005.
Son bon bilan à la tête d'Airbus, repassé devant Boeing et source de 80% des bénéfices du groupe, et le soutien appuyé de Jacques Chirac ont joué en sa faveur. L'Etat français possède 15% d'EADS.
Mais cette nomination à la hussarde et son style plutôt abrupt font grincer des dents outre-Rhin. DaimlerChrysler, l'actionnaire allemand d'EADS, le soupçonne d'avoir voulu tenter un "putsch" en remettant en cause la direction bicéphale franco-allemande du groupe et en se prononçant pour une fusion avec Thales, qui reste encore aujourd'hui son grand échec.
Sa réputation d'industriel s'est trouvée ternie un an plus tard avec les couacs du développement de l'avion géant A380, un investissement de plus de 10 milliards d'euros, et du lancement retardé de l'A350.
La vente massive d'un certain nombre de ses actions en mars, peu avant l'annonce de retards du programme A380, lui a donné le coup de grâce.