Les forestiers sortent du bois

MOBILISATION Une action est organisée ce mardi à Besançon, Chambéry et Toulouse...

Céline Boff

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Les ouvriers forestiers étaient 8 100 en 1985, contre 3 100 aujourd'hui.
Les ouvriers forestiers étaient 8 100 en 1985, contre 3 100 aujourd'hui. — E. POL / SIPA

«C'est la lutte.» Cyril, 41 ans, salarié à l'Office national des forêts (ONF), a décidé de se mobiliser aujourd'hui. Comme des dizaines de forestiers, excédés par les dernières évolutions de leur métier. «Ce qui est difficile? On ne sait même plus qui nous dirige. Les managers ont changé et les nouveaux cadres sont loin du terrain. Ils nous demandent d'atteindre des objectifs financiers précis, sans savoir ce que la forêt peut produire.» En 1996, Cyril gérait 1.100 hectares. Il en pilote désormais 1.500. Il est plutôt bien loti : Ochem Adrien, forestier en Franche-Comté et délégué syndical Snupfen Solidaires, a vu ses parcelles passer de 1.000 à 1.800 hectares. La faute à une réduction d'effectifs appliquée depuis plusieurs années à l'ONF. «Mille trois cents postes de fonctionnaires ont été supprimés, et 560 vont encore disparaître d'ici à 2016.» Et ce sont surtout les postes de terrain qui trinquent.

Vague de suicides en 2011

La situation des ouvriers forestiers, salariés de droit privé, est encore pire : ils étaient 8.100 en 1985. Ils sont aujourd'hui 3.100. «On nous impose des objectifs en kilos euros et nous avons de moins en moins de temps pour assurer nos autres missions, comme la surveillance de la chasse, ou l'accueil des scolaires», se désole Ochem Adrien. Cyril renchérit : «Nous devons fournir toujours plus de chiffres à nos supérieurs pour qu'ils fabriquent des statistiques dans je ne sais quel but. Je passe donc de plus en plus de temps dans mon bureau… Comme beaucoup de mes collègues, cette situation me pèse.» Depuis 2005, vingt-cinq salariés de l'ONF se sont suicidés, dont six pendant le seul été 2011. Une vague qui a poussé la direction à commander un audit socio-organisationnel, dont les résultats seront bientôt connus. En janvier 2012, la direction avait tenu à rassurer les salariés sur leurs missions et rappelé le soutien de l'Etat à l'ONF dans sa mission de gestionnaire unique des forêts publiques.