Relance de la croissance: Le plan de Hollande de 120 milliards d'euros tient-il vraiment la route?

ECONOMIE Les effets risquent de tarder à se faire sentir...

Mathieu Bruckmüller

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François Hollande à Tulle, le 09 juin 2012.
François Hollande à Tulle, le 09 juin 2012. — BERTRAND LANGLOIS / POOL / AFP

Opération croissance. Alors que la zone euro devrait entrer cette année en récession, François Hollande va proposer à ses homologues, lors du prochain Conseil européen des 28-29 juin, d’adopter un plan de 120 milliards d’euros susceptible de donner un coup de fouet à l’activité économique du vieux continent et de booster l’emploi, notamment des jeunes. Un montant réaliste juge Christian Parisot, économiste en chef chez Aurel BGC, dans la mesure où il représente moins de 1% du PIB de l’Union européenne.

Trois étages pour le financement

Le président de la République veut aller vite avec un déblocage des fonds d’ici la fin de l’année. Trois sources de financement seraient nécessaires. D’abord 55 milliards d’euros de fonds structurels à destination des régions pauvres qui ne sont pas utilisés. Seul hic, certains Etats n’ont pas versé leur obole au budget européen. «Il y a des retards de paiement», confirme Christian Parisot.

Ensuite, la Banque européenne d'investissement (BEI) serait recapitalisée de 10 milliards d'euros, afin qu’elle ne perde pas son AAA. La France et l’Allemagne, principaux actionnaires de la BEI devraient ainsi débourser 1,6 milliard d’euros chacun. Elle pourrait emprunter à bon compte sur les marchés et mettre à disposition 60 milliards d'euros pour des projets d’infrastructures.

Enfin, des project bonds pour 4,5 milliards d'euros seraient créés avant la fin de l'été. Ces emprunts pris en commun par les pays européens serviraient à garantir des chantiers lancés par de grandes entreprises. Contrairement aux eurobonds, ces emprunts collectifs qui permettent aux pays de s’endetter à des taux d’intérêt plus faibles, l’Allemagne n’y est pas opposé par principe. «Elle refuse qu’une mutualisation de la dette serve à payer les déficits des Etats, en revanche elle considère qu’aider au financement de grands travaux n’est pas de l’argent perdu. Tout dépendra ce que l’on met dans les project bunds», analyse Christian Parisot.

Plan consensuel

Le plan Hollande a bien des chances d’être, à tout le moins, en partie accepté. «Il est assez consensuel», note Christian Parisot. Concrètement, ces 120 milliards d’euros pourraient profiter aux nouvelles technologies, les énergies renouvelables, le numérique, l’efficacité énergétique, le transport…

Cependant, les experts doutent sérieusement que «les mesures de croissance à effet rapide» avancées par le locataire de l’Elysée puissent tenir leurs promesses. «Les 120 milliards n’auront pas d’effet immédiat. C’est un signe économique, mais aussi politique et psychologique», décrypte Jean-Paul Betbèze, économiste en chef du Crédit agricole. Oui les pays moteurs de la zone euro se préoccupent de la croissance, mais en retour tous les membres doivent faire des efforts pour remettre de l’ordre dans leurs finances.

En définitive, ce pacte pour la croissance ne produira, s’il est adopté, que des effets à moyen terme. Les pistes avancées ne pourront pas se mettre en marche en un claquement de doigts. Mais «pour l’Europe, le meilleur plan de relance consiste, par sa communication, à rassurer» les investisseurs, les entreprises et les consommateurs, estime Christian Parisot. Bref, qu’elle montre clairement  le chemin qu’elle entend suivre dans les années à venir. En ça, le plan Hollande pourrait constituer un bon point de départ.

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