Espagne: Pas de répit au lendemain des élections en Grèce

BOURSE Le pays était une nouvelle fois lundi la cible des attaques des investisseurs...

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L'Espagne, dans l'attente d'une aide européenne pour ses banques, était une nouvelle fois lundi la cible des attaques des investisseurs, que la victoire de la droite pro-euro aux élections grecques n'a pas suffi à rassurer sur la solidité financière du pays.
L'Espagne, dans l'attente d'une aide européenne pour ses banques, était une nouvelle fois lundi la cible des attaques des investisseurs, que la victoire de la droite pro-euro aux élections grecques n'a pas suffi à rassurer sur la solidité financière du pays. — Thierry Charlier afp.com

L'Espagne, dans l'attente d'une aide européenne pour ses banques, était une nouvelle fois lundi la cible des attaques des investisseurs, que la victoire de la droite pro-euro aux élections grecques n'a pas suffi à rassurer sur la solidité financière du pays.

S'il éloigne le spectre d'une sortie de la Grèce de l'euro, le résultat très attendu des élections n'a laissé aucun répit aux pays considérés comme les plus vulnérables de l'union monétaire, l'Espagne mais aussi l'Italie.

Lundi, les taux que devait payer l'Espagne pour se financer à dix ans atteignaient un nouveau record à plus de 7%, un niveau jugé insoutenable sur la durée.

La Bourse de Madrid n'a connu, elle, qu'une embellie de courte durée, avant de plonger dans le rouge une heure après l'ouverture.

L'Italie, troisième économie de la zone euro, était également visée, avec des taux d'emprunt en forte hausse, au-dessus de 6%.

Le parti de droite de la Nouvelle Démocratie, vainqueur à l'arraché des élections grecques, tentait pendant ce temps de former au plus vite une coalition, afin d'ancrer le maintien du pays dans la zone euro.

"Le résultat des élections dissipe les inquiétudes à court terme. Nous avons gagné du temps, l'Union européenne a laissé ses problèmes derrière elle", relevait Federico Steinberg, chercheur de l'Institut elCano à Madrid.

Mais une fois écarté le scénario du pire, qui faisait redouter un possible effet domino à l'Espagne de la crise grecque, la quatrième économie de la zone euro n'en reste pas moins plongée dans de dangereuses turbulences.

"L'économie espagnole connaît des problèmes importants, en particulier le manque d'accès au crédit et le chômage élevé" - 24,44% à la fin mars, souligne Federico Steinberg.

"De plus, elle subit l'impact de facteurs externes, avec l'incertitude en Grèce et de manière générale l'imprécision dans l'Union européenne sur l'avenir de l'euro", ajoutait-il.

Confrontée à une pression extrême des marchés comme de ses partenaires européens, l'Espagne a été contrainte de lancer le 9 juin un appel à l'aide pour ses banques, asphyxiées par leur exposition à l'immobilier.

Mais le plan de sauvetage, qui prendra la forme d'un prêt pouvant atteindre cent milliards d'euros, n'a pas apaisé les esprits.

Ses contours restent flous, son montant reste à chiffrer, et Madrid, qui se défend de faire l'objet d'un "sauvetage", se retrouvera de fait sous étroite surveillance de l'Europe et du FMI, contrainte de respecter scrupuleusement ses engagements en matière de réformes structurelles.

"Le résultat des élections grecques permet d'éliminer le scénario extrême, celui d'une sortie désordonnée de la Grèce de la zone euro, celui qui a soulevé tant de craintes", remarquait Natalia Aguirre, analyste chez Renta 4.

"Mais la question de la recapitalisation des banques reste en suspens. Il reste beaucoup de choses à concrétiser, les délais, les coûts. C'est ce qu'attendent les marchés", relève-t-elle.

Pour chiffrer sa demande, l'Espagne attend de connaître cette semaine un audit indépendant de son secteur bancaire.

La presse a estimé que les besoins des banques pourraient être évalués entre 60 et 65 milliards d'euros, mais si l'Espagne prenait l'ensemble du prêt - cent milliards d'euros - cela reviendrait à gonfler de dix points sa dette publique (72,1% du PIB à la fin mars), qui pourrait atteindre 90% en fin d'année.

Autre signe inquiétant, le taux de créances douteuses des banques espagnoles, indice de leur vulnérabilité, a encore progressé.

Ces créances, principalement des crédits immobiliers susceptibles de ne pas être remboursés, ont atteint en avril un nouveau record à 8,72%, soit 152,740 milliards d'euros.

Tentant d'apaiser les craintes, le vice-président de la Commission européenne, Joaquin Almunia, a assuré lundi que l'Espagne n'aura pas besoin de recevoir un plan d'aide complet de ses partenaires européens, au-delà du prêt accordé à ses banques. "Les portes des marchés lui sont ouvertes et vont le rester", a-t-il affirmé.