En pleine relève politique, la Chine relance la réforme du secteur financier

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La récente introduction d'une plus grande flexibilité des taux d'intérêt en Chine est un signe fort et inattendu de relance des réformes économiques au moment où une nouvelle génération de dirigeants se prépare à accéder au pouvoir cet automne, selon les analystes.
La récente introduction d'une plus grande flexibilité des taux d'intérêt en Chine est un signe fort et inattendu de relance des réformes économiques au moment où une nouvelle génération de dirigeants se prépare à accéder au pouvoir cet automne, selon les analystes. — Wang Zhao afp.com

La récente introduction d'une plus grande flexibilité des taux d'intérêt en Chine est un signe fort et inattendu de relance des réformes économiques au moment où une nouvelle génération de dirigeants se prépare à accéder au pouvoir cet automne, selon les analystes.

Cette mesure devrait permettre d'introduire davantage de concurrence dans un secteur bancaire encore largement dominé par l'Etat, ainsi qu'une meilleure allocation du capital.

Il y a deux mois, le Premier ministre Wen Jiabao avait fustigé le "monopole" des grandes banques chinoises, qui ont réalisé de juteux bénéfices tout en favorisant les entreprises d'Etat au détriment du secteur privé.

Depuis vendredi, les banques peuvent accorder des prêts à des taux jusqu'à 20% inférieurs à ceux fixés par la banque centrale, contre 10% auparavant, tandis que les comptes de dépôt des épargnants pourront bénéficier d'une rémunération jusqu'à 10% supérieure au taux de référence, ce qui constitue une première.

"La Banque populaire de Chine (banque centrale) a repris le processus de libéralisation des taux d'intérêt interrompu en 2004", s'est réjoui Qu Hongbin, co-directeur des Recherches économiques sur l'Asie pour la banque HSBC à Hong Kong.

Selon lui, cela "montre aussi que Pékin est prêt à accélérer la cadence des réformes du secteur financier".

La réforme des taux d'intérêt n'était pas attendue avant l'arrivée pour la première fois en dix ans d'une nouvelle génération au pouvoir en Chine, prévue cet automne à l'occasion du 18è congrès du Parti communiste au pouvoir.

Les observateurs s'attendaient au contraire à ce que le gouvernement évite d'ici là tout changement pour assurer la stabilité politique et financière du pays.

Cette réforme, "nous ne l'avions pas eue jusqu'à maintenant, alors que le contexte politique est sans doute plus incertain" aujourd'hui que par le passé, a déclaré à l'AFP Ken Peng, économiste chez Paribas à Pékin.

"La plupart des gens ne s'attendaient pas à un tel changement avant le 18è congrès", selon lui.

La dernière mesure de libéralisation des taux d'intérêt en Chine remonte à 2004, lorsque le gouvernement avait supprimé un plafond pour les taux d'emprunt ainsi qu'un taux plancher pour la rémunération des dépôts bancaires.

Autre signe de relance des réformes cette année, la décision prise à la mi-avril de doubler la marge de fluctuation quotidienne du yuan par rapport au dollar, de 0,5% à 1% autour d'un cours pivot qui reste fixé par la banque centrale.

"Alors que la Chine veut faire du renminbi (nom officiel du yuan) une monnaie internationale, elle doit aussi mettre en oeuvre une libéralisation" de son taux de change, a expliqué à l'AFP Liao Qun, économiste chez Citic Bank International à Hong Kong.

Selon certains analystes, face au ralentissement de la croissance chinoise, passée de 9,2% l'an dernier à 8,1% au premier trimestre 2012, le moment était venu de libéraliser les taux d'intérêt en vue de rendre le crédit moins cher et aider ainsi à injecter des fonds dans l'économie.

"Ces mesures sont positives pour la croissance à long terme de la Chine, car elles permettent une meilleure allocation des ressources financières", explique Zhang Zhiwei, principal économiste pour la Chine chez Nomura Securities.

"Mais elles amènent aussi davantage de risques pour la stabilité financière", met-il en garde.

Les banques seront en effet les grandes perdantes de la réforme à cause d'un écart réduit entre les taux d'emprunt et de dépôt, donc de leur marge. Cette crainte avait fait chuter vendredi les valeurs bancaires cotées en Bourse.

L'Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) -- la première banque du pays -- a vu le cours de son action perdre 4,9% à Hong Kong, tandis que China Construction Bank baissait de 4%.

Ces risques pour le secteur bancaire devraient inciter Pékin à la prudence avant d'entreprendre de nouvelles réformes, selon les analystes.

"De toutes les réformes structurelles pour rééquilibrer l'économie, la libéralisation des taux d'intérêt est peut-être la plus difficile à mettre en oeuvre", d'après une étude récente de Chris Leung, économiste de la banque DBS à Hong Kong.

"Le gouvernement doit être volontariste, et les banques prêtes à changer la manière dont elles évaluent le risque de crédit et accordent des prêts", a-t-il expliqué.