Baisse des prix à la pompe: Les automobilistes vont-ils consommer plus de carburant?

CARBURANT Le litre du gazole coûte 11 centimes de moins que lors du record du 21 mars...

M.B.

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Une pompe à essence dans une station service avec un hors service. Illustration station service. 
Une pompe à essence dans une station service avec un hors service. Illustration station service.  — GILLES VARELA / 20 MINUTES

Les prix à la pompe poursuivent leur décrue. Une bonne nouvelle alors que le budget carburant des automobilistes a bondi de 22,3% depuis 2009, selon le dernier baromètre de l’Automobile club association. Ce vendredi à 10h, la moyenne était d'1,37 euro pour un litre de gazole, d'1,56 euro pour le sans-plomb 95 et d'1,61 euro pour le sans-plomb 98, en repli, depuis dimanche, de 2 centimes pour le premier et de 1,6 centimes pour les deux derniers, selon les données du site Carbeo, spécialisé dans l'étude des prix des carburants. En comparaison avec le plus haut, atteint le 21 mars, le diesel, qui représente 80% des ventes de carburant, a baissé de 11 centimes, tandis que le SP 95 (15% des ventes) a reculé de 12 centimes et le SP 98 (5% des ventes) de 13 centimes. Les prix des carburants sont tout simplement au plus bas depuis cinq mois.

Menaces sur la croissance mondiale

Une situation qui s’explique par la chute des prix du brut. Minés par les craintes sur le rythme de la croissance en Chine, en Inde, aux Etats-Unis et surtout par les turbulences de la zone euro, le baril de Brent de la mer du Nord a perdu 2,14 dollars par rapport à son cours de clôture de jeudi. Depuis deux mois, il a chuté de 20%. Une baisse qui malheureusement n’atteint pas la même ampleur pour les consommateurs. Pas question pourtant de blâmer les stations-service, selon Franck Ibled, le fondateur de Carbeo. Elles répercutent bien les baisses des cours du pétrole, de la même façon que les hausses. Autrement dit, les distributeurs jouent le jeu. Une position confirmée récemment par les travaux de deux économistes, Erwan Gautier et Ronan Le Saout, après avoir récolté les données de 10.000 stations-service dans l’Hexagone.

Aujourd’hui, le repli des prix à la pompe est plutôt tempéré par la baisse de la monnaie unique face au billet vert. En un mois, l’euro a perdu plus de 6% face au dollar. Les investisseurs s’inquiètent des risques de contagion de la crise sur le Vieux continent. Et surtout, il est utile de rappeler que 65% du prix d’un litre de carburant est constitué de taxes.

Le blocage des prix en sommeil

Cette tendance baissière des prix à la pompe devraient se poursuivre dans les jours à venir. De bon augure pour le nouveau président de la République qui, pendant la campagne, s'est engagé à «bloquer» les prix des carburants à la pompe pendant trois mois, le temps de remettre à plat leur fiscalité. Une proposition énoncée alors qu'essence et gazole battaient record sur record, érodant un peu plus un pouvoir d'achat déjà miné par la crise. Début mai, Michel Sapin, désormais ministre du Travail, avait dit que «ce n'est peut-être pas le moment de bloquer quand ça baisse. Il faut bloquer quand ça monte.» Du pain béni pour les finances de l’Etat. En effet, une diminution des taxes de 2 centimes par litre entraînerait un manque à gagner d’environ 1 milliard d’euros.

Les automobilistes vont-il profiter de la détente des prix à la pompe pour rouler davantage? Pas sûr. Depuis le début de l’année, la consommation de carburant a diminué de 1,7% et même de 3,5% en mars et de 2,8% en avril. «Malgré la baisse, on reste sur des niveaux très élevés. Les Français vont continuer à être très prudents», estime Franck Ibled.  Et ils pourraient bien avoir raison à l’approche des grands départs en vacances.

L'été s’annonce comme une période délicate. Entre l'entrée en vigueur le 1er juillet de l'embargo européen sur les importations de brut iranien, le début de la saison des ouragans dans le golfe du Mexique, qui pourrait perturber l'approvisionnement en or noir, et les grands déplacements automobiles estivaux aux Etats-Unis, le risque de hausse du baril de brut est élevé.