Paris en ligne: Où en est-on après deux ans de régulation

ARGENT Deux ans que le marché des paris en ligne a été libéralisé en France et les sites font face à une situation difficile: Des Français pas si parieurs et un État qui encaisse logiquement les fruits de cette régulation...

Bertrand de Volontat

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Le site de paris en ligne BWIN en 2009. 
 
Le site de paris en ligne BWIN en 2009.   — ZEPPELIN/SIPA

L’Etat taxe, l’Arjel régule… les sites de paris en ligne sont des opérateurs insatisfaits. La situation n’a rien d’anormal si ce n’est que ces deux ans de régulation du marché (depuis le 8 juin 2010) a permis d’y voir plus clair. «La loi a été synonyme moins de libéralisation que de régulation du marché. Elle a mis tout le monde à égalité», pour Benoit Cornu, directeur de la communication de PMU, numéro un du pari hippique.

L’hippique et le poker en tête

Le pari en ligne régulé a laissé apparaitre trois segments: le pari sportif, le poker et le pari hippique. Le premier peine à trouver ses marques alors que les deux autres profitent du marché actuel.

Le pari sportif n’est pas encore culturellement rentré dans la vie des Français. A la différence du pari hippique qui représente 6,5 millions de parieurs jouant au moins une fois par an. 2,5 à 3 millions de ces parieurs sont susceptibles de basculer sur le Web. La culture du pari hippique s’inscrit également dans ses journaux spécialisés, ses 280 champs de courses et les bars.

Le poker brasse lui, en 2012, 327.000 joueurs par semaine et 2 milliards de mises/droits d’entrée.  Le poker redistribue mieux car n’est taxé qu’à 2%. C’est un véritable nouveau marché depuis 2010 qui ne marche sur les pieds de personne et vit un effet de mode, nous explique un opérateur.

Tous segments confondus, il y a ainsi 1,3 millions de comptes de joueurs actifs en 2012 avec une fréquentation quotidienne de 500.000 joueurs. Au premier trimestre 2012, 175 millions d’euros de mises avaient été enregistrés pour paris sportifs, 291 pour paris hippiques.

Pourquoi le Français n’est pas devenu plus parieur

La première conclusion des opérateurs est que le marché n’est pas «l’eldorado» espéré, pour reprendre un terme de Bertrand Perri, analyste Xerfi France. «Le marché a été sous-estimé, il fallait prendre le parieur par la main. Le marché est globalement décevant», explique Benoit Cornu. «Le panier moyen est en baisse de 3% depuis 2009. On essaie d’attirer plus de clients», poursuit-il.

«Les Français sont des supporters mais pas de gros parieurs sportifs», témoigne Emmanuel de Rohan Chabot, président de Zeturf, numéro deux du pari hippique. L’opérateur gagne peu, le parieur est là principalement pour un divertissement, plus que pour un gain. «Nos principaux concurrents? Le cinéma», ironise un acteur du marché.

Enfin, l’offre de paris est encore trop limitée, comme par exemple sur les matchs de football amicaux ( pas de paris sur les équipes nationales hors du top 50) et l’offre n’est pas assez souple comme pour les paris à handicap de rugby, trop limités. Il faut encore diversifier l’offre – malgré la présence de 32 sites - pour attirer le parieur. Des discussions pour l’amélioration de ces conditions sont constantes entre l’Arjel et les opérateurs.

Taxer sur le pari n’est pas taxer sur le produit

«L’ouverture n’a pas été assez franche», selon Bertrand Perri, laissant selon lui libre court pour l’heure à deux grands gagnants, les monopoles préexistants à la loi de 2010, PMU et FDJ, qui raflent la mise en dur comme en ligne.

Point de convergence entre les opérateurs: l’assiette fiscale, qu’ils jugent handicapante car ils ne maîtrisent pas le taux de retour. «La taxation est absurde car la France taxe les joueurs», selon Emmanuel de Rohan Chabot. «82% des mises sont redistribuées, 18% reste pour nous sur lesquels on verse 14,5%». A l’heure actuelle, l’imposition se fait sur les paris alors qu’elle est faite sur le produit brut à l’étranger. Cette taxe est à 20% du produit brut en moyenne dans le monde.

Les gros joueurs ont disparu car ils ont du augmenter leur dépôt pour gagner la même chose. «On est obligé de le prélever sur le joueur lui réduisant son gain», témoigne un opérateur. «Ca équivaudrait à une taxe sur le produit brut à 85%. Vous connaissez beaucoup d’activité qui tournent avec 85% de TVA?», renchérit Emmanuel de Rohan.

Pour résumer la situation, «cela marchait mieux avant l’ouverture car les grands sites en «.com» faisaient du chiffre d’affaires». Avant que l’Etat ne régule en somme et ne vienne assurer aux parieurs une moralité sur le marché.

«L’Euro est notre premier test. On fera le bilan après. En 2010, on avait pu noter une chute de la fréquentation après la défaite de la France à la Coupe du monde», concède Benoit Cornu. Alors allez les Bleus, votre bonheur fera notre argent.

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