Dépénalisation du cannabis: Une bonne affaire pour l'Etat?

DECRYPTAGE Alors que la polémique s'invite dans la campagne des élections législatives, passage en revue des arguments économiques en faveur d'un assouplissement de la législation...

Claire Planchard
— 
Le coût social d'une interpellation pour usage de cannabis est estimé à 3.300 euros.
Le coût social d'une interpellation pour usage de cannabis est estimé à 3.300 euros. — POUZET/SIPA

Le sujet n’est pas à l’ordre du jour du gouvernement Ayrault, mais le recadrage du Premier ministre n’y fait rien: en prônant mardi la dépénalisation du cannabis, à cinq jours du premier tour des élections législatives, Cécile Duflot a relancé la polémique sur les effets de l’abandon de poursuites contre les usagers de cette drogue douce. 

Une politique répressive en pure perte?

Ethique mise à part, la proposition soulève en réalité d’importants enjeux en matière de finances publiques: «C’est l’efficacité nulle de dix années de politique répressive qui est ici posée» selon Christian ben Lakhdar, spécialiste de l’économie des drogues et maître de conférence à l’Université catholique de Lille.

«Injecter de l’argent et prendre du temps aux forces de l’ordre pour interpeller des consommateurs de cannabis n’a eu aucune incidence ni sur le prix de vente, ni sur la prévalence de la consommation de cannabis dans la population française, qui reste l'un des premiers pays consommateurs européens, devant des Pays-Bas où l’usage est légal», souligne le spécialiste.

3.300 euros par interpellation pour usage de cannabis

Le coût social d'une interpellation pour usage de cannabis est estimé à 3.300 euros (temps de travail des policiers, procédures, etc.) et à raison de 120.000 à 140.000 interpellations par an, une dépénalisation pourrait faire économiser «300 à 400 millions d’euros par an», estime Christian ben Lakhdar.

«Il ne s’agit pas d’être pour ou contre la consommation de cannabis mais de dénoncer le gaspillage de fonds publics dans une politique inefficace», souligne-t-il en plaidant pour une réallocation des sommes économisées dans des opérations d’information et de prévention notamment sur les dangers du cannabis en matière de sécurité routière.

Les gains d’une légalisation impossibles à évaluer

Concernant le scénario d’une légalisation où consommation, production et commercialisation deviendraient légales, le spécialiste ne s’avance en revanche pas à faire de pronostics: «Il y a trop de variables, trop d’incertitudes en jeu», assure-t-il.

Si en 2005, on estimait à 832 millions d’euros le chiffre d’affaires annuel de la vente de détail de cannabis en France, le gain pour l’Etat dépendra en pratique du niveau de la taxation mais aussi de la réaction du marché: «Plus la taxe sera élevée, moins les revenus seront élevés car il y aura moins de consommateurs et mais aussi le risque d’une persistance d’un marché noir, à l’image de la hausse des prix des cigarettes qui a favorisé les achats transfrontaliers et la contrebande» explique Christian ben Lakhdar. «Mais on ne peut pas l’évaluer à ce jour car ça n’a jamais été fait dans le monde…» 

 

 

 

En août dernier, l’économiste Pierre Kopp, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris-I) estimait pour sa part qu'une légalisation du cannabis, qui serait vendu avec une taxe fixée par l’Etat comme pour le tabac, rapporterait 1 milliard d’euros.