Jérôme Kerviel acculé sur sa ligne de défense

PROCES L'ancien trader de la Société générale Jérôme Kerviel a été mis en difficulté, ce lundi, par un feu roulant de questions à l'ouverture de son procès en appel…

B. de V. avec Reuters

— 

L'ancien trader de la Société Générale Jérôme Kerviel lors du troisième jour de son procès à Paris le 10 juin 2010.
L'ancien trader de la Société Générale Jérôme Kerviel lors du troisième jour de son procès à Paris le 10 juin 2010. — MARTIN BUREAU/AFP

Condamné à cinq ans de prison dont trois ferme en première instance en juin 2010 et contraint par ce premier jugement de rembourser tout le préjudice - une perte historique de 4,9 milliards d'euros subie par la banque en janvier 2008-, Jérôme Kerviel a dû d'entrée s'expliquer sur la présumée violation de ses obligations professionnelles.

>> Revivez le live de la première journée de procès ici

«Mon mandat était de gagner de l’argent pour la banque»

Prié de dire à quoi il était employé, il a répondu: «Mon mandat était de gagner de l'argent pour la banque». Mais la présidente Filipinni a lu la charte de déontologie qu'il avait signée en 2006 quand il était devenu trader titulaire à 28 ans, et qui interdisait de «faire bouger significativement le marché», ainsi que de prendre des risques sans l'autorisation de son supérieur.

«Pour être franc, je l'ai signée mais je ne l'ai pas lue.» La présidente a cependant lu les documents qui lui attribuaient une fonction «d’arbitrage, donc un métier où les positions sont normalement systématiquement couvertes pour limiter le risque.

Des dépassements de plusieurs milliards

«Tout le monde s'asseyait sur ce document?», a interrogé la présidente, Mireille Filippini, à propos de la charte de déontologie.

La magistrate a aussi rappelé que le «desk» où il travaillait avait l'obligation de limiter son engagement collectif quotidien à 125 millions d'euros, répétée quotidiennement par un mail. D'ailleurs, il avait à titre personnel reçu aussi des mails l'alertant sur des petits dépassements, a rappelé la présidente de la cour. «On dépassait mais tout le monde s'en fichait», a assuré le prévenu.

«Je n'étais pas le seul à le faire» 

Jérôme Kerviel a pris, en le cachant par de fausses positions, des positions de 30 milliards en 2007 puis de 50 milliards en 2008. «C'était une erreur de ma part, une erreur extravagante», a déclaré l'ancien trader, à propos des 30 milliards de positions prises en 2007.

Interrogé sur les opérations fictives auxquelles il recourait pour masquer les dépassements de ses positions, Jérôme Kerviel a en outre affirmé que ces opérations étaient fréquemment utilisées au sein de la banque. A en croire, le trader, 200 millions d’euros pouvaient être couverts en quelques minutes…

«Que ce soit pas bien, peut-être. Mais je l'ai fait avec les pratiques que j'ai apprises là-bas», a déclaré l'ex-trader. «Je n'étais pas le seul à le faire.» Au cours de son premier procès, le jeune homme avait régulièrement affirmé que ses supérieurs hiérarchiques ne pouvaient ignorer ses agissements, contrairement à ce que dit la banque.

Suite de l’affaire Kerviel –dont le principal intéressé conteste l’appellation– mercredi 6 juin.